Résolution 2797 : Le Triomphe du réalisme marocain et l’enterrement définitif du référendum au Sahara
Analyse de l'intervention du Dr. Mohamed H’Midouche organisée par l’IMRI à Casablanca, le samedi 8 novembre 2025,
Cette intervention, prononcée par le Dr. Mohamed H’Midouche, Vice-Président de l’IMRI (Institut Marocain de Relations Internationales) et CEO & MD d’Inter Africa Capital Group, a été livrée à l’occasion d’une conférence-débat stratégique organisée par l’IMRI à Casablanca, le samedi 8 novembre 2025, soit une semaine après l’adoption de la résolution. Elle vise à décrypter les implications diplomatiques, juridiques et géopolitiques du texte onusien, tout en rendant hommage à la vision royale et à la diplomatie marocaine.
La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations Unies, marque un tournant décisif dans le dossier du Sahara occidental, un conflit qui empoisonne les relations maghrébines depuis un demi-siècle.
Présentée par les États-Unis, elle proroge d’un an le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et consacre, pour la première fois avec une clarté inédite, le plan d’autonomie marocain de 2007 comme base sérieuse, crédible et réaliste d’une solution politique.
Adoptée par onze voix pour, avec les abstentions prévisibles de la Chine, de la Russie et du Pakistan, et l’absence de l’Algérie au vote – une constante depuis plusieurs années –, cette résolution s’inscrit dans la continuité des textes précédents (2602, 2654, 2703, 2779) tout en opérant une rupture qualitative dans le langage onusien.
Le terme « authentique autonomie » apparaît pour la première fois dans un document du Conseil de sécurité, signalant un glissement sémantique lourd de sens. Il ne s’agit plus seulement de reconnaître le plan marocain comme une option parmi d’autres, mais de l’ériger en socle exclusif des négociations futures.
Le référendum d’autodétermination, jadis totem du Polisario et de l’Algérie, est désormais relégué aux oubliettes de l’histoire diplomatique. Le Conseil rompt avec la logique binaire de l’indépendance ou de l’intégration pour consacrer une approche moderne de l’autodétermination : une autonomie négociée au sein d’un État souverain, conforme à la Charte des Nations Unies et aux évolutions du droit international.
Ce basculement n’est pas le fruit du hasard. Il couronne dix-huit ans de diplomatie marocaine constante, méthodique et prévisible. Depuis la présentation du plan d’autonomie en 2007, le Maroc a su transformer un dossier de confrontation en un processus de maturation politique.
Plus de cent vingt pays soutiennent aujourd’hui cette initiative, dont une trentaine ont ouvert des consulats à Laâyoune et Dakhla, acte diplomatique qui vaut reconnaissance de fait de la marocanité du Sahara. Les États-Unis, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Japon, mais aussi une majorité d’États africains, arabes et latino-américains, forment désormais un consensus qui marginalise les thèses séparatistes.
La résolution 2797 appelle les parties – Maroc, Polisario, Algérie et Mauritanie – à reprendre les négociations sans conditions préalables, dans un esprit de compromis et de bonne foi. Cette formulation met fin à la logique de blocage algérien, qui consistait à exiger un référendum comme préalable à tout dialogue.
En invitant à des propositions complémentaires tout en maintenant le plan marocain comme cadre de référence, le Conseil ouvre la voie à une créativité diplomatique encadrée. Steffan de Mistura, l’envoyé personnel du Secrétaire général, l’a d’ailleurs résumé avec une sobriété éloquente : « Le vrai travail commence maintenant. »
Ce « vrai travail » repose sur trois piliers. D’abord, la consolidation de la stabilité sur le terrain, grâce à la MINURSO, dont le mandat est renouvelé sans modification substantielle. Ensuite, la présentation par le Maroc, d’ici 2026, d’un plan d’autonomie élargi, annoncé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 31 octobre 2025.
Enfin, l’implication effective de l’Algérie, désignée comme partie prenante et non plus simple « pays voisin », une formulation qui la responsabilise directement dans la recherche d’une solution.
Sur le plan géopolitique, la résolution 2797 consacre le Maroc comme acteur de stabilité régionale. Dans un Maghreb fracturé, Rabat propose une logique d’intégration et de co-développement, incarnée par son retour triomphal à l’Union africaine en 2017 et par ses initiatives en matière de sécurité alimentaire, d’énergie verte et de connectivité continentale. Le plan d’autonomie n’est plus seulement une réponse à un conflit territorial ; il devient un modèle de gouvernance décentralisée, adaptable à d’autres contextes africains.
La résolution 2797 n’est pas une fin, mais une accélération. Elle enterre définitivement la rhétorique idéologique au profit du réalisme politique. Elle marginalise les postures extrêmes et récompense la constance. Elle transforme un conflit gelé en un processus vivant, dont l’issue – une autonomie renforcée sous souveraineté marocaine – paraît désormais inéluctable. Le Maroc avance avec sérénité, fort de son unité nationale, de sa légitimité historique et de son assise internationale.
Le Sahara n’est plus un fardeau ; il est devenu un actif stratégique, un laboratoire de gouvernance moderne et un symbole de résilience diplomatique.
La résolution 2797 ne règle pas le conflit, mais elle en redessine les contours avec une clarté qui ne souffre plus d’ambiguïté. Elle consacre le triomphe de la patience stratégique sur l’impatience idéologique. Elle positionne le Maroc comme architecte d’une paix durable au Maghreb. Et elle rappelle une vérité simple : en diplomatie, la crédibilité finit toujours par l’emporter sur la rhétorique.
La résolution, en renforçant le mandat de la MINURSO pour un suivi accru du cessez-le-feu, intervient dans un contexte où les tensions au Sahel – exacerbées par les activités de groupes jihadistes comme AQMI et l’instabilité au Mali et au Niger – pourraient être amplifiées par un statu quo prolongé au Sahara.
En consacrant une solution réaliste, elle pave la voie à une coopération trilatérale Maroc-Algérie-Mauritanie sur la lutte antiterroriste, potentiellement via un cadre onusien élargi, évitant ainsi que le dossier ne devienne un vecteur de déstabilisation plus large.
Ce volet sécuritaire, aligné sur les priorités de l’UA et de l’UE en matière de migration et de contre-terrorisme, transforme le triomphe diplomatique en un levier concret pour une paix régionale holistique, au-delà des seuls enjeux territoriaux.
Le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI est au cœur de cette dynamique. Le dossier du Sahara, défini comme « le prisme » de la politique étrangère marocaine, a structuré une diplomatie de la crédibilité. Nasser Bourita et Omar Hilale, aux avant-postes de cette action, ont su allier fermeté principielle et ouverture au dialogue.
La mobilisation de la diplomatie parallèle – think tanks, parlementaires, société civile – a complété ce dispositif, transformant un sujet de discorde en levier de rayonnement international.



