
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), lancée opérationnellement en 2021, reste l’un des projets phares de l’Union africaine à fin 2025. Réunissant 55 États autour d’un marché de près de 1,55 milliard de consommateurs et d’un PIB cumulé estimé à environ 3 000 milliards de dollars, elle vise à booster le commerce intra-africain, promouvoir l’industrialisation et réduire la dépendance aux matières premières.
Selon les projections inchangées de la Banque mondiale, une mise en œuvre complète pourrait générer 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires d’ici 2035 et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté. Pourtant, fin 2025, le décalage entre ambitions politiques et avancées économiques demeure marqué.
À ce stade, le commerce intra-africain représente environ 16 à 19 % des échanges totaux du continent, selon les rapports d’Afreximbank et de la CNUCED, avec des fluctuations entre 15 % et 21 % ces dernières années. Ce niveau reste très inférieur à celui de l’Europe (près de 50-60 %) ou de l’Asie (plus de 60 %).
Incluant le commerce informel – souvent sous-estimé –, certains experts estiment qu’il pourrait atteindre 40 %, notamment dans l’agroalimentaire. L’Afrique ne pèse toujours qu’environ 3 % du commerce mondial, malgré près de 19 % de la population globale.
Cet héritage colonial persiste : infrastructures orientées vers l’exportation extracontinentale, spécialisation dans les commodities et marchés nationaux fragmentés. Après les indépendances, ces structures se sont maintenues, aggravées par des barrières non tarifaires (normes hétérogènes, coûts logistiques élevés, instabilité macroéconomique) et des systèmes financiers peu intégrés.
Fin 2025, 48 à 49 pays ont ratifié l’accord, et une trentaine commercent activement sous son régime, avec des progrès dans les réductions tarifaires. Des secteurs comme l’agriculture (triplement des échanges intra-africains entre 2003 et 2023) et la manufacture (46 % des exportations intra-africaines) montrent des dynamiques positives. Le volume total a atteint près de 200 milliards de dollars en 2023, avec une croissance modeste malgré les chocs mondiaux.
La ZLECAf s’inscrit dans l’Agenda 2063 pour une Afrique intégrée et prospère. Les gains attendus reposent surtout sur l’élimination des barrières non tarifaires, plus pénalisantes que les douanes. Cependant, les avancées restent lentes : infrastructures déficientes, harmonisation réglementaire inachevée et financements insuffisants freinent la concrétisation.
A fin 2025, la ZLECAf offre un potentiel transformateur incontestable pour renverser l’extraversion économique historique. Des signes encourageants émergent – hausse des échanges dans certains corridors régionaux, engagement accru du secteur privé (comme au Maroc) –, mais le succès exige une accélération décisive sur les obstacles structurels.
Sans cela, le risque persiste de voir l’accord rester un cadre ambitieux plutôt qu’un moteur de croissance inclusive et de souveraineté économique.



