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Liberté punie : quand fêter devient une infraction… et si c’était réciproque ?

 Il y a quelque chose de délicieusement absurde — et profondément révélateur — à voir des milliers de supporters marocains et africains, rassemblés dans la joie paisible d’une victoire historique, se faire infliger une amende de 135 € pour le seul crime… d’avoir été heureux ensemble.

Non pas pour avoir brisé quoi que ce soit, ni menacé qui que ce soit, mais simplement pour avoir osé manifester leur allégresse dans l’espace public.

Dans une République qui se targue d’être née de la Déclaration des Droits de l’Homme, où la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique sont censés être sacrés, cette sanction ressemble moins à une application de la loi qu’à une caricature de l’ordre public.

Car rappelons-le : l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme, comme l’esprit même de notre Constitution, ne permettent de restreindre ces libertés fondamentales que si un trouble réel, sérieux et proportionné menace la sécurité ou les biens.

Or, chanter, danser, brandir un drapeau sous le ciel étoilé, ce n’est pas troubler l’ordre — c’est incarner la vie démocratique dans ce qu’elle a de plus humain !

Mais imaginons un instant que cette logique s’applique réciproquement.

Que chaque Français célébrant une victoire de l’équipe de France sur un trottoir de Rabat, d’Abidjan ou de Dakar soit aussitôt verbalisé pour « attroupement joyeux », sans autre motif que sa simple présence enthousiaste.

L’absurdité deviendrait alors criante — et l’injustice, flagrante.

Car derrière cette amende banale se cache une question essentielle : peut-on encore appeler cela une démocratie lorsqu’elle punit non la violence, mais l’ humanité ?

Lorsqu’elle confond l’exubérance collective avec le désordre, et la fierté partagée avec une menace ?

Une société libre ne doit pas craindre la joie — elle doit la protéger, tant qu’elle reste pacifique. Sinon, ce n’est plus l’ordre public qu’on défend, mais la peur du public lui-même.

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