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Comment les femmes africaines peuvent reprendre le contrôle de la paix mondiale ?

Analyse de Nasrallah Belkhayate

Aujourd’hui, on parle beaucoup de paix dans le monde. On organise des conférences, des forums, des sommets. On signe des résolutions, on applaudit des discours. Mais si on regarde honnêtement, il y a une question qu’on évite souvent : pourquoi, malgré tous ces efforts, les choses changent si lentement ?

Et surtout, pourquoi les femmes, qui sont pourtant au cœur des sociétés, restent encore en marge des véritables processus de décision pour la paix ?

Moi, je suis convaincu d’une chose simple : la paix durable ne peut pas se construire sans les femmes. Mais attention, pas une présence symbolique, pas une photo sur une affiche ou une invitation protocolaire. Je parle d’un vrai rôle, stratégique, décisionnel, structurant.

Quand on regarde l’Afrique, on voit pourtant des exemples puissants. Des femmes qui ne demandent pas la permission d’exister, mais qui agissent, qui transforment, qui construisent.

Prenez Samia Suluhu Hassan. Elle arrive au pouvoir dans un contexte délicat, et très vite, elle apaise, elle ouvre, elle reconnecte son pays au monde. Ce n’est pas juste de la politique, c’est une approche de stabilité. Une approche où la diplomatie prend le dessus sur la tension.

Regardez aussi Netumbo Nandi-Ndaitwah. Son arrivée à la tête de la Namibie envoie un message fort : les femmes ne sont plus seulement dans l’exécution, elles sont dans la direction. Et quand elles dirigent, elles apportent souvent une vision plus inclusive, plus sociale, plus ancrée dans le réel.

À l’échelle mondiale, on a Ngozi Okonjo-Iweala. Une femme africaine à la tête du commerce mondial. Ce n’est pas anodin. Cela veut dire qu’elle a un levier énorme pour influencer les équilibres économiques, et donc indirectement les équilibres de paix. Parce que ne nous trompons pas : beaucoup de conflits naissent de déséquilibres économiques.

Et puis il y a des cas encore plus inspirants, comme le Rwanda. Un pays qui revient de loin, très loin. Et pourtant, aujourd’hui, les femmes y occupent une place centrale dans la gouvernance.

Des figures comme Veneranda Nzambazamariya ont travaillé sur la réconciliation après le génocide. Judith Kanakuze a contribué à inscrire les quotas féminins dans la Constitution. Et Paula Ingabire incarne une nouvelle génération qui construit l’avenir.

Et chez nous, au Maroc, on a eu une femme exceptionnelle : Zoulikha Nasri. Une femme de l’ombre, mais d’une efficacité redoutable. Elle n’était pas dans les projecteurs, mais elle construisait, elle structurait, elle mettait en place des politiques sociales concrètes. Elle montre une chose essentielle : le pouvoir ne se voit pas toujours, mais il agit.

Alors la vraie question, elle est là : avec tous ces exemples, pourquoi ça ne change pas plus vite ?

La réponse est simple, et elle dérange : parce qu’on est resté dans une logique d’événement, pas dans une logique d’exécution.

On organise des forums sur le leadership féminin. On fait des panels. On écrit des rapports. Mais après ? Qui suit ? Qui mesure ? Qui applique ?

Les résolutions de l’Union africaine existent. Les programmes d’ONU Femmes existent. Les engagements internationaux existent. Le problème, ce n’est pas le manque d’idées. Le problème, c’est le manque de mécanismes pour transformer ces idées en réalité.

Et c’est là que ces femmes, déjà en position de pouvoir, doivent changer de posture.

Elles ne doivent plus seulement inspirer. Elles doivent organiser.

Concrètement, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire créer des coalitions africaines de femmes décideuses, capables de peser collectivement sur les négociations internationales.

Ça veut dire imposer des quotas non seulement dans les parlements, mais dans les délégations de paix, dans les médiations, dans les instances de sécurité.

Ça veut dire mettre en place des mécanismes de suivi obligatoires pour chaque résolution signée. Pas dans cinq ans. Pas dans dix ans. Maintenant.

Ça veut dire financer directement les réseaux locaux de femmes qui agissent déjà sur le terrain, au lieu de rester bloqué dans des circuits administratifs lourds.

Ça veut dire aussi former une nouvelle génération de femmes négociatrices africaines. Pas seulement des militantes, mais des stratèges, des diplomates, des expertes capables de s’asseoir à la table des grandes décisions.

Et surtout, ça veut dire changer la nature même des événements.

Aujourd’hui, il faut le dire clairement : beaucoup d’événements sur la femme sont devenus des espaces de parole… sans impact réel.

Demain, ces événements doivent devenir des plateformes d’action.

Chaque rencontre doit se terminer avec des décisions concrètes, des engagements chiffrés, des responsables désignés et un calendrier précis.

Sinon, on continuera à parler… pendant que le monde, lui, continue de brûler.

L’Afrique a une chance immense : elle a déjà ses modèles. Elle n’a pas besoin de copier. Elle doit amplifier.

Ces femmes que nous avons citées ne sont pas des exceptions. Elles sont les premières d’une génération qui peut redéfinir les règles du jeu.

Mais pour cela, il faut un changement de mentalité. Un passage du symbole à la stratégie. Du discours à l’action. De la présence à l’influence.

La paix ne se décrète pas. Elle se construit. Et aujourd’hui, il est temps de donner aux femmes africaines non pas une place… mais le pouvoir d’agir.

Parce qu’au fond, la vraie question n’est plus : faut-il intégrer les femmes dans les processus de paix ?

La vraie question est : combien de temps encore peut-on se permettre de faire sans elles ?

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