
Si on regarde les choses froidement, la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU est sérieuse sur le plan politique, mais elle reste loin d’être acquise.
Ce qu’on peut dire de façon vérifiée, c’est qu’il y a bien eu une nomination transmise officiellement aux Nations Unies par le Burundi, comme l’indique la lettre publiée par la Présidence de l’Assemblée générale de l’ONU en date du 3 mars 2026.
En revanche, il faut rester prudent sur un point important : à ce stade, il n’est pas établi de manière claire par une source officielle de l’Union africaine qu’il serait le candidat formellement endossé par toute l’UA.
D’ailleurs, une analyse spécialisée d’Amani Africa insiste précisément sur cette différence entre une nomination portée par un État africain, même influent dans la séquence actuelle, et un endossement institutionnel régulier de l’Union africaine.
Ensuite, il faut rappeler une réalité de pouvoir que beaucoup oublient : le Secrétaire général n’est pas choisi seulement sur la base du prestige personnel ou du poids symbolique d’un continent.
Juridiquement et politiquement, la clé du processus reste le Conseil de sécurité, puisque l’Assemblée générale ne nomme qu’après recommandation de celui-ci, conformément à l’article 97 de la Charte des Nations Unies.
Cela veut dire une chose très simple : même si un candidat africain incarne une aspiration légitime à un meilleur équilibre mondial, il doit surtout apparaître comme acceptable pour les cinq membres permanents, ou du moins ne pas déclencher de veto.
Dans ce cadre, Macky Sall a des atouts évidents.
C’est un ancien chef d’État connu internationalement, qui a déjà fréquenté les grands forums de décision, qui sait parler à l’Afrique, à l’Europe, au Golfe, aux institutions financières et aux partenaires multilatéraux.
Pour certains acteurs, il peut apparaître comme un profil de compromis : africain, expérimenté, lisible pour les diplomaties, et porteur d’une image de stabilité institutionnelle relative dans une période mondiale marquée par les guerres, la fragmentation stratégique et la fatigue du multilatéralisme.
Son profil peut donc intéresser ceux qui cherchent non pas une figure de rupture idéologique, mais un gestionnaire politique capable de tenir la maison ONU dans une époque très tendue.
Ensuite, son passage au pouvoir au Sénégal peut aussi être relu de manière contrastée selon les capitales et les opinions : certains y verront l’expérience, d’autres y verront des controverses politiques qui peuvent compliquer une candidature à un poste censé incarner un certain consensus moral international.
Enfin, dans la logique onusienne, un candidat trop identifié à certains réseaux d’alliances ou à certaines proximités diplomatiques peut inquiéter d’autres puissances qui voudront préserver l’équilibre.
Si l’on raisonne géostratégiquement, la vraie question n’est donc pas seulement : “Macky Sall est-il compétent ?”
La vraie question est : peut-il devenir le point d’équilibre entre les intérêts contradictoires des grandes puissances, tout en restant suffisamment audible pour l’Afrique et le Sud global ?
C’est là que se joue l’essentiel.
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni peuvent être sensibles à un profil qui défend le multilatéralisme, la stabilité et une coopération opérationnelle avec l’Afrique.
La Chine et la Russie, de leur côté, regarderont aussi si le candidat respecte une logique de souveraineté des États, de rééquilibrage mondial et de limitation d’une lecture trop occidentale de la gouvernance internationale.
Autrement dit, pour exister vraiment dans cette course, Macky Sall doit apparaître comme africain sans être perçu comme un simple candidat de bloc, consensuel sans être effacé, politique sans être clivant.
Au fond, sa candidature a une portée qui dépasse sa personne. Elle remet sur la table la question de la place réelle de l’Afrique dans l’architecture mondiale.
Telle est la question qui se pose aujourd’hui !
Elle teste aussi la sincérité des discours sur la réforme de la gouvernance internationale.
Si sa candidature progresse, ce sera le signe qu’un ancien chef d’État africain peut désormais être considéré comme une option crédible pour arbitrer un monde fracturé.
Si elle cale, cela montrera au contraire que la reconnaissance symbolique de l’Afrique ne se traduit pas encore automatiquement en pouvoir institutionnel au sommet du système onusien.
Donc, pour parler simplement, Macky Sall n’est ni un candidat de témoignage, ni un favori naturel. Il est dans une zone intermédiaire : un candidat plausible, politiquement lisible, mais confronté à une double épreuve décisive, celle de la clarification de sa légitimité africaine et celle de son acceptabilité par les puissances disposant du vrai pouvoir de blocage.
C’est ce qui fait de sa candidature un dossier géostratégique sérieux.
Le vote de l’Assemblée générale de l’ONU du 25 mars 2026, qui a reconnu la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage comme « le crime le plus grave contre l’humanité », n’est pas un simple épisode diplomatique.
C’est un tournant historique. Pour la première fois, une majorité nette d’États a posé, à ce niveau, un acte politique et moral majeur sur une mémoire longtemps marginalisée.
Derrière ce vote, il y a plus qu’un texte. Il y a la reconnaissance d’une souffrance de plusieurs siècles, mais aussi d’effets qui continuent encore aujourd’hui à peser sur les sociétés africaines et sur les descendants de cette histoire.
Le plus important, c’est que cette résolution, portée par le Ghana et adoptée par 123 États, remet au centre trois mots que beaucoup voulaient tenir à distance : la vérité, la justice et la réparation.
Elle dit clairement que l’histoire ne peut plus être traitée comme un dossier classé. Elle oblige chacun à se positionner. Et c’est là que les lignes de fracture apparaissent.
D’un côté, une large majorité a choisi d’inscrire cette reconnaissance dans le débat mondial. De l’autre, les États-Unis ont voté contre, tandis que plusieurs pays européens et le Royaume-Uni se sont abstenus, ce qui montre à quel point le sujet reste sensible, y compris chez les puissances qui ont façonné l’ordre international moderne.
Ce moment révèle donc quelque chose de profond : l’Afrique n’est plus seulement en train de demander qu’on écoute sa mémoire, elle commence à imposer sa lecture de l’histoire dans l’espace international.
Et quand un continent parvient à faire bouger les mots à l’ONU, il commence aussi à faire bouger les rapports de force.
C’est pour cela que ce vote dépasse largement la seule question mémorielle.
Il pose une question de leadership mondial.
Qui peut aujourd’hui porter, au sein du système international, cette exigence de justice historique sans casser l’équilibre du monde, mais sans céder non plus sur l’essentiel ?
Dans ce contexte, l’idée d’un leadership africain plus fort au sommet des Nations Unies prend une autre dimension.
Elle n’apparaît plus comme une revendication symbolique, mais comme une conséquence logique d’un monde qui cherche à se rééquilibrer.
Après un vote pareil, il devient difficile de reconnaître la profondeur de l’injustice historique faite à l’Afrique, tout en refusant à ce même continent une place plus centrale dans la conduite morale et politique du multilatéralisme.
Sources vérifiées utilisées : page officielle de l’ONU sur la procédure de nomination du Secrétaire général ; lettre officielle de nomination publiée par la Présidence de l’Assemblée générale ; analyse d’Amani Africa sur l’absence d’endossement formel établi de l’Union africaine ; déclarations officielles françaises et britanniques sur la réforme onusienne et la coopération ONU-Union africaine.


