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La Grande Mosquée de Dakar : Le Pacte Spirituel entre le Maroc et le Sénégal

Par Nasrallah Belkhayate

Quand on évoque la Grande Mosquée de Dakar, il ne faut pas seulement voir un monument religieux dominant la Médina par son minaret. Il faut y lire une histoire plus profonde, plus ancienne dans l’âme que dans la pierre : celle d’un lien spirituel durable entre le Sénégal et le Maroc.

L’édifice, inauguré le 27 mars 1964, appartient certes à l’histoire urbaine et religieuse de Dakar, mais il appartient aussi à une mémoire commune où se rencontrent la foi, la diplomatie et la fraternité africaine.

L’histoire de cette mosquée s’inscrit dans les premières années du Sénégal indépendant. Le jeune État voulait doter sa capitale d’un grand sanctuaire à la mesure de sa vocation religieuse et intellectuelle. C’est dans ce contexte que le Maroc de Hassan II, paix à son âme, apporta un concours décisif à la réalisation de l’ouvrage.

La présence du souverain marocain lors de l’inauguration, aux côtés du président Léopold Sédar Senghor, donna à l’événement une portée qui dépassait de loin le protocole. Ce jour-là, il ne s’agissait pas seulement d’ouvrir une mosquée : il s’agissait de consacrer publiquement une alliance de confiance entre deux nations africaines unies par l’islam, par le respect des savoirs religieux et par une même idée de la civilisation.

L’architecture elle-même dit cette rencontre. La Grande Mosquée de Dakar, avec son minaret élancé, ses décors soignés et sa parenté stylistique souvent relevée avec des références monumentales marocaines, porte dans sa forme visible la marque d’un dialogue entre héritages sénégalais et savoir-faire venus du Royaume.

Ainsi, la pierre devient langage. Elle affirme que la beauté d’un lieu de culte peut être aussi une pédagogie : celle de l’élévation, de l’ordre, de la transmission et de la dignité.

La mosquée n’a d’ailleurs jamais été seulement un espace de prière. L’Institut islamique de Dakar, créé dans son enceinte en 1964, a renforcé cette dimension savante en faisant du site un foyer d’enseignement et de recherche religieuse.

C’est là un point essentiel : la relation entre le Maroc et le Sénégal ne s’est pas limitée à un geste de construction, mais s’est inscrite dans une vision plus large de la formation religieuse, de l’encadrement des imams et de la continuité des institutions spirituelles.

Cette continuité s’est confirmée bien après l’inauguration. En octobre 2023, une convention-cadre a été signée à Dakar entre les parties sénégalaises concernées et la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains afin d’accompagner la gestion et l’aménagement de la Grande Mosquée.

Selon cette source de presse reprenant l’agence officielle MAP, cette coopération vise notamment à faire bénéficier la mosquée de l’expertise marocaine en gestion religieuse des mosquées et en qualification des imams. Cela montre que le lien né en 1964 n’est pas un souvenir figé : il demeure une relation active, assumée et organisée.

Dire que la Grande Mosquée de Dakar est le pacte spirituel entre le Maroc et le Sénégal n’est pas une formule administrative ; c’est une lecture historique et symbolique fidèle à ce que ce monument représente depuis son inauguration.

En ce sens, la Grande Mosquée de Dakar est plus qu’un édifice. Elle est le signe visible d’une fraternité religieuse africaine qui a résisté au temps. Elle rappelle que Rabat et Dakar ont su transformer une proximité de foi en une œuvre commune, puis une œuvre commune en une mémoire partagée.

Le Maroc y a apporté son concours, son prestige religieux et son expertise ; le Sénégal y a inscrit sa propre tradition spirituelle, son enracinement tijane et sa centralité islamique en Afrique de l’Ouest. De cette rencontre est née une institution qui continue d’unir les cœurs autant que les États.

Si l’on veut donc parler avec justesse de la Grande Mosquée de Dakar, on peut dire ceci : elle est à la fois une maison de Dieu, un monument de l’histoire sénégalaise et l’un des symboles les plus éloquents du pacte spirituel entre le Maroc et le Sénégal.

Quel est ce marocain de passage ou résident ou encore ce sénégalais qui ne l ‘a pas visité ?

 

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