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Allocution de l’Ambassadrice Yu Jinsong à Rabat

Un tournant pour les relations bilatérales Chine-Maroc

À l’occasion de la réception donnée à Rabat pour célébrer le 76ᵉ anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, l’allocution de Son Excellence Yu Jinsong, nouvelle Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la Chine au Maroc, revêt une portée stratégique qu’il est essentiel d’analyser et d’investir activement.

En tant qu’observateur attentif des dynamiques internationales et partisan d’une diplomatie africaine souveraine, je livre ici une réflexion empreinte de soutien aux relations bilatérales sino-marocaines, assortie de recommandations pour les porter à un niveau de maturité accrue.

Mme l’Ambassadrice a d’abord ancré son discours dans la célébration historique de la Chine : elle rappelle la proclamation de la République populaire le 1ᵉʳ octobre 1949 et retrace les étapes du renouveau national que la Chine revendique.

Elle souligne l’action du Parti communiste chinois, mis en avant comme la force unificatrice qui a conduit à deux « miracles » : une croissance économique rapide et une stabilité sociale durable. Mais ce regard rétrospectif est aussitôt tourné vers l’avenir : l’allocution évoque la transition entre le 14ᵉ plan quinquennal et la préparation du 15ᵉ, sous l’égide d’un nouveau modèle de développement, de réformes structurelles et d’une ouverture internationale renforcée.

Tout au long de son intervention se dessine un message de résilience face aux défis mondiaux — hégémonie, protectionnisme, pressions commerciales — auxquels la Chine affirme avoir résisté avec constance. L’annonce d’un rendement de croissance du PIB à 5,3 % au premier semestre 2025, les progrès en intelligence artificielle et les performances dans l’ouverture aux investissements étrangers servent cette ambition d’image : celle d’une Chine stable, innovante et confiante dans sa trajectoire.

Le discours élargit ensuite sa portée au champ international, promouvant le multilatéralisme, la justice, la souveraineté égalitaire, en s’appuyant sur l’initiative chinoise de gouvernance mondiale. Par cette stratégie discursive, la Chine se positionne comme une puissance consciente de ses responsabilités globales et désireuse de remodeler l’ordre international selon des principes jugés plus équitables — un appel tacite aux pays du Sud, y compris au Maroc, pour mutualiser les défis et intérêts communs.

Dans la dimension idéologique, Mme Yu rappelle avec force des jalons historiques : la victoire chinoise contre l’agression japonaise, l’apport de la Chine à la Seconde Guerre mondiale, et la revendication — non négociable à ses yeux — de la réunification avec Taïwan.

En mentionnant explicitement l’“attachement ferme” du Maroc au principe d’une seule Chine, elle incorpore le Royaume dans un cadre diplomatique que la Chine estime fondamental à ses yeux. C’est une marque de reconnaissance, certes, mais aussi une invectice implicite aux États tiers : ici, le Maroc est validé dans ses options diplomatiques.

Ce discours se veut résolument tourné vers les relations bilatérales sino-marocaines. Mme l’Ambassadrice rappelle que la désignation du partenariat stratégique sino-marocain en 2016 a ouvert une “voie rapide” aux coopérations, citant des projets concrets comme Gotion High-Tech ou Sunrise Textile, la mesure de tarif douanier zéro pour certaines exportations marocaines vers la Chine, ainsi que le mécanisme de dialogue stratégique entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays récemment établi.

Le volet médical est souligné : la présence de missions médicales chinoises au Maroc depuis un demi-siècle, ayant desservi des millions de patients, est évoquée comme un symbole de la dimension humaine de cette coopération. En outre, l’ambassadrice rappelle que la diplomatie chinoise est “au service du peuple”, en affirmant que l’ambassade chinoise au Maroc demeurera un point d’appui pour les ressortissants, étudiants et institutions chinoises sur le sol marocain.

L’ensemble de cette allocution dessine le portrait d’une Chine qui souhaite non seulement être partenaire, mais acteur stratégique ; d’une Chine prête à assumer des responsabilités globales tout en consolidant ses alliances régionales, en particulier avec le Maroc.

Cette posture diffuse un message clair : les relations bilatérales sino-marocaines ne sont plus de simples coopérations transactionnelles, mais des pactes à long terme, intégrés dans une vision d’avenir partagé. Pour le Maroc, cette offre est précieuse — à condition qu’elle soit mise en acte selon ses propres termes souverains.

Il est essentiel de rappeler que le Maroc et la Chine partagent une histoire diplomatique qui ne date pas d’aujourd’hui. Le Maroc fut parmi les premiers pays africains à reconnaître la Chine populaire, et à travers les décennies, il a su densifier ses relations avec Pékin.

Aujourd’hui, la Chine figure parmi les principaux partenaires commerciaux du Royaume, et les investissements chinois sont de plus en plus présents dans l’industrie, les infrastructures, l’énergie et les technologies vertes. Le Maroc, grâce à sa position géographique stratégique et à ses liens avec l’Europe et l’Afrique, offre à la Chine une porte d’entrée vers de nouveaux marchés.

Mais dans ce jeu d’attraction mutuelle, le Maroc se doit d’être plus qu’un simple récepteur : il doit être un partenaire actif, exigeant, capable de fixer ses conditions.

L’allocution de Mme l’Ambassadrice est porteuse de promesses — mais aussi de défis. Le discours met en lumière des valeurs universelles — égalité, justice, multipolarité — mais c’est dans leur traduction concrète que réside la crédibilité. Le moment est venu pour le Maroc de s’adapter harmonieusement aux dynamiques chinoises, tout en préservant sa dignité, et plus encore de saisir pleinement la vision globale de la Chine pour pouvoir l’accompagner avec clarté et cohésion..

L’importance accordée dans le discours à la diplomatie culturelle et humaine constitue une ouverture précieuse, mais il est impératif que le Maroc réponde à cet appel avec rigueur. Au-delà de simplement accueillir la culture chinoise ou de former des étudiants chinois, il faut instaurer un échange véritablement réciproque : valoriser la langue arabe, les langues marocaines, la culture marocaine, développer des programmes universitaires bilatéraux sur un pied d’équité, créer des chaires de recherche communes, encourager des échanges artistiques, offrir des bourses aux étudiants marocains en Chine, etc.

Equipe de l ' Ambassade de Chine au Maroc au 01/10/2025
Equipe de l ‘ Ambassade de Chine au Maroc au 01/10/2025

Parallèlement, il convient de donner une suite minutieuse et réfléchie aux conventions déjà signées avec la Chine — en veillant à leur mise en œuvre effective, en assurant un contrôle vigilant des engagements et en exigeant que chaque projet respecte les normes nationales, les lois environnementales et les droits sociaux.

En imposant le transfert de savoir-faire, la création d’emplois locaux et la participation active des acteurs marocains, c’est ce seul chemin qui permettra de corriger les déséquilibres et de bâtir une relation culturellement enrichissante et véritablement gagnant-gagnant.

À l’heure où le monde évolue vers une plus grande complexité géopolitique, le Maroc occupe une position de pont — entre l’Orient et l’Occident, entre l’Afrique et l’Europe. Il est impératif de diversifier les partenariats, de préserver l’autonomie diplomatique, et de ne jamais se confiner à une relation unique.

L’offre chinoise, bien qu’attractive, ne doit pas être exclusive. Le Maroc continuera à entretenir ses liens avec d’autres régions et puissances, à agir de façon plurielle, à équilibrer ses alliances.

Mais il ne peut non plus se soustraire à l’impératif d’une relation sino-marocaine approfondie, stratégique et fondée sur le respect mutuel. Pour que cette relation porte ses fruits, le Maroc doit faire preuve d’audace, d’exigence et de vigilance, tout en apprenant à s’inspirer de l’intelligence stratégique de sa diaspora : puiser dans ses savoirs, ses réseaux et ses expériences pour nourrir notre diplomatie, enrichir nos négociations et renforcer notre autonomie dans ce partenariat.

Pour consolider cette relation dans le temps, je formule quelques recommandations concrètes. Il convient d’abord d’institutionnaliser davantage les échanges bilatéraux : des commissions sectorielles régulières (technologie, agriculture, pharmacie, énergie, infrastructures) doivent être mises en place pour assurer un suivi, une évaluation mutuelle des engagements, et une flexibilité adaptée aux évolutions.
Ensuite, le Maroc doit veiller strictement à la gouvernance transparente des projets sino-marocains, imposer des clauses contraignantes de transfert technologique, de responsabilité environnementale, de participation locale, de droits sociaux et de respect des normes.
Enfin, le Maroc doit exploiter son rôle de hub africain : stimuler des projets trilatéraux Chine-Maroc-Afrique pour diffuser l’expertise chinoise vers l’Afrique via le Maroc, et positionner le royaume comme interface stratégique à l’échelle continentale.

Ainsi, le discours de Mme Yu Jinsong n’est pas simplement un message protocolaire : c’est une invitation à construire des relations bilatérales sino-marocaines plus ambitieuses, durables et équilibrées. Le Maroc, héritier d’une histoire millénaire, doit accueillir cette invitation avec détermination — en tant que partenaire à part entière, non comme destinataire passif.

En ce sens, la Fondation Trophée de l’Africanité tient à adresser ses chaleureuses félicitations à Son Excellence Yu Jinsong pour sa nomination en tant qu’Ambassadrice de la République populaire de Chine auprès du Royaume du Maroc.

Nous lui souhaitons pleine réussite dans l’exercice de sa nouvelle mission diplomatique au Maroc, qu’elle puisse bâtir des ponts solides entre nos deux peuples, promouvoir la coopération sino-marocaine dans l’esprit de respect mutuel, et contribuer au développement partagé entre le Royaume du Maroc et la République populaire de Chine.

Que cette nomination soit l’aube de nouveaux succès pour les relations bilatérales sino-marocaines, au service de la prospérité, de la compréhension mutuelle et du progrès commun.

Nasrallah Belkhayate

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