Afrique : Les ONG appelées à mettre le cap sur les priorités du continent

Les ONG appelées à mettre le cap sur les priorités du continent
Par Nasrallah Belkhayate, Président de la Fondation Trophée de l’Africanité
L’Afrique traverse un moment décisif. Entre le changement climatique, l’insécurité alimentaire, les crises sanitaires et les inégalités sociales, notre continent doit concentrer toutes ses forces sur l’essentiel. Pourtant, le paysage associatif africain reste souvent dispersé. Des milliers d’ONG œuvrent avec passion, mais trop souvent sans coordination ni priorités claires. Cette dispersion réduit l’impact des efforts déployés et dilue les ressources qui, déjà, sont limitées.
Aujourd’hui, le continent compte plus de 350 000 ONG, dont près de 70 000 en Afrique subsaharienne. Mais selon la Banque africaine de développement, à peine 15 % d’entre elles travaillent de manière régulière sur des projets alignés sur les grands objectifs de développement fixés par l’Union africaine et les Nations Unies. Cela signifie que la grande majorité agit de façon ponctuelle ou fragmentée, souvent sans s’inscrire dans une stratégie à long terme.
Les priorités africaines pour la décennie 2025-2035 sont pourtant claires : nourrir le continent, éduquer et former sa jeunesse, protéger la santé des mères et des enfants, accélérer la transition énergétique, renforcer la résilience climatique, et promouvoir la gouvernance et la paix. Ces six domaines concentrent plus de 65 % des besoins d’investissement social, mais ne reçoivent qu’environ 40 % des financements des ONG internationales actives en Afrique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 282 millions d’Africains souffrent encore d’insécurité alimentaire (FAO, 2024), alors que moins de 12 % des ONG locales consacrent l’essentiel de leurs efforts à l’agriculture durable et à l’accès au marché. Dans le domaine de la santé maternelle, le continent enregistre encore 545 décès pour 100 000 naissances vivantes, soit près de 70 % du total mondial, tandis que seulement 8 % des ONG s’y consacrent comme priorité principale.
Ces écarts montrent l’urgence de réorienter les efforts. Il ne s’agit pas de réduire le nombre d’ONG, mais de renforcer leur spécialisation et leur coordination. Une ONG qui concentre ses forces sur un domaine – qu’il s’agisse de la nutrition, de la santé maternelle ou de la formation des jeunes – devient plus efficace, plus crédible pour les bailleurs de fonds et plus utile aux populations.
Le Maroc offre un exemple inspirant. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, des programmes comme l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) ont ciblé des priorités concrètes et mesurables. En dix ans, le Maroc a réduit la mortalité maternelle de 112 à 72 décès pour 100 000 naissances et a fait passer la part de l’électricité produite à partir de sources solaires et éoliennes de 5 % à plus de 20 %. Ces résultats montrent que lorsque les politiques publiques et les partenaires sociaux se concentrent sur des objectifs précis, le changement est possible.
C’est dans ce sens que les ONG africaines doivent évoluer. L’heure est venue de dépasser la logique de visibilité pour entrer dans une logique d’efficacité et d’expertise. Les crises contemporaines exigent des réponses professionnelles, soutenues et coordonnées. Les États, les bailleurs de fonds et les communautés locales sont prêts à collaborer, mais ils ont besoin de partenaires spécialisés, capables de produire des résultats concrets et mesurables.
La Fondation Trophée de l’Africanité appelle les ONG africaines à devenir des acteurs stratégiques du développement durable et de la paix sur le continent. Cela signifie choisir un domaine prioritaire, s’y investir sur la durée, développer des compétences pointues et travailler main dans la main avec les gouvernements et les autres partenaires.
L’Afrique a besoin d’ONG capables de transformer les priorités identifiées en progrès tangibles pour ses peuples. La spécialisation n’est pas une contrainte, c’est une force. Elle permettra aux ONG de devenir de véritables moteurs de changement et de contribuer à bâtir un continent plus résilient, plus juste et plus uni.

