
Vous savez, quand on me demande de faire le bilan de ces dix années, je me pose toujours la même question : comment expliquer à quelqu’un qui n’a pas vécu ça de l’intérieur ce que ça signifie vraiment ?
Comment dire que c’est bien plus qu’une simple fondation qui organise des événements ?
En réalité, ce qui s’est passé ici, c’est quelque chose de profond.
La Fondation Trophée de l’Africanité a fait un pari fou : dire que l’Afrique n’a pas besoin qu’on la plaigne, qu’on la sauve ou qu’on la juge. Elle a besoin qu’on l’écoute.
Et c’est exactement ce qu’elle a fait pendant dix ans. Elle a créé des espaces où l’Afrique pouvait parler d’elle-même, avec sa propre voix. Pas celle qu’on lui impose, pas celle qu’on attend d’elle. Sa vraie voix.
Regardez le cinquième Sommet, celui qui vient de se terminer à Rabat. Vous aviez des gens venus du Sénégal, du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo, du Gabon, du Tchad, de la Mauritanie, de la Guinée…
Des diplomates, des chefs d’entreprise, des universitaires, des femmes qui dirigent, qui créent, qui pensent. Et vous savez quoi ?
Personne n’était là pour faire du spectacle. Personne n’était là pour dire « regardez comme on est modernes ». Non. Ils étaient là parce qu’ils avaient compris que ce qui se dit à Rabat, c’est important. Que ce qui se décide là, ça compte vraiment.
C’est ça qui m’a vraiment frappée cette année. Le choix du thème autour du leadership féminin, ce n’était pas une mode, ce n’était pas une concession qu’on ferait aux critiques internationales.
C’était une affirmation politique claire. On ne parlait pas de femmes comme d’une minorité à protéger ou à intégrer progressivement. On parlait de femmes comme de la solution. Comme de celles qui vont transformer l’Afrique, qui la transforment déjà.
Et quand vous écoutez une femme qui dirige une grande entreprise, une diplomate qui négocie les destins de nations, une universitaire qui redéfinit comment on pense l’Afrique… vous comprenez que ce n’est pas de la théorie. C’est du concret. C’est du réel. C’est du pouvoir.
Ce qui m’a aussi marquée, c’est la présence de l’ICESCO, les personnalités internationales de premier plan, Rita Zniber comme invitée d’honneur. Vous comprenez ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que le Sommet de l’Africanité n’est plus un événement africain qu’on tolère avec un sourire condescendant. C’est devenu un événement que le monde attend. Les médias marocains, africains, internationaux… ils en parlent sérieusement.
Pas parce qu’on les y force. Pas parce qu’il faut être poli. Parce que c’est devenu crédible. Parce qu’il s’y passe vraiment quelque chose d’important.
Et puis il y a ce moment où on a remis le Trophée de la Paix à Macky Sall. Vous savez, les trophées, les prix, ça peut sembler formel, un peu cérémoniel. Mais là, c’était différent.
C’était une façon de dire : voilà ce qu’on valorise. La paix. La stabilité. Rien de plus. La coopération entre nos peuples. Ce n’est pas rien comme message dans un monde qui semble devenir de plus en plus chaotique, fragmenté, où chacun tire de son côté.
Mais honnêtement, ce qui m’intéresse vraiment, c’est ce qui va se passer maintenant. Parce que la visibilité, c’est bien. Avoir les caméras, avoir les journalistes, avoir l’attention du monde, c’est important.
Mais ce qui compte vraiment, c’est l’influence. C’est de pouvoir dire dans deux ans, dans cinq ans : « Grâce à ce qui s’est dit à Rabat, les choses ont changé. Les politiques ont changé. Les mentalités ont changé. Les investissements sont arrivés. Les femmes ont eu plus de pouvoir. »
Vous connaissez Davos ? Le Forum économique mondial ?
Eh bien, c’est devenu incontournable parce qu’on sait que les décisions qui s’y prennent, elles vont avoir des conséquences réelles. Les gens qui y vont ne sont pas là pour faire du tourisme. Ils sont là parce qu’ils savent que c’est un endroit où ça bouge, où ça compte.
Le Sommet de l’Africanité est en train de devenir ça pour l’Afrique. Un endroit où on ne vient pas juste pour discuter poliment autour d’un café.
On vient parce qu’on sait que c’est là que se dessine l’avenir. C’est là que les alliances se nouent. C’est là que les idées qui vont changer les choses naissent.
Ces dix ans, c’était la fondation. C’était prouver que c’était possible. Que l’Afrique pouvait se rassembler autour d’une idée, d’une vision commune.
Que les frontières, les différences, les rivalités, ce n’était pas une fatalité. Que quand on se parle vraiment, quand on se regarde dans les yeux, quand on écoute vraiment l’autre, on peut construire quelque chose ensemble. Quelque chose qui dure.
Maintenant, le défi, c’est de transformer ça en quelque chose de durable, de pérenne. De faire en sorte que dans cinq ans, dans dix ans, on regarde ce Sommet de 2026 et on se dise : « Ah oui, c’est là que tout a basculé.
C’est là que l’Afrique a décidé de son destin. C’est là que les choses ont vraiment commencé à changer. »
Et vous savez quoi ? Je pense que c’est possible. Parce que les gens qui sont derrière tout ça, ils y croient vraiment. Ils ne font pas ça pour les applaudissements ou pour se faire bien voir. Ils le font parce qu’ils pensent que l’Afrique mérite mieux.
Que l’Afrique est capable de mieux. Et que c’est maintenant qu’il faut le prouver au monde. Pas demain. Maintenant.
Voilà mon sentiment.



