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Chine : Ce qu’il faut retenir du discours de Xi Jinping

30ᵉ anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing (13 octobre 2025)

Le discours prononcé par le président chinois Xi Jinping le 13 octobre 2025 à Beijing, à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de 1995, constitue une déclaration stratégique à la fois idéologique, diplomatique et programmatique. Il s’inscrit dans la continuité de la vision chinoise d’un « nouvel ordre international » fondé sur la coopération Sud-Sud, la souveraineté nationale et une modernisation « à la chinoise », tout en affirmant l’égalité des genres comme pilier de gouvernance globale.

La Conférence de Beijing de 1995, organisée sous l’égide des Nations Unies, avait réuni 189 États et adopté la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, considérés comme les textes fondateurs de l’égalité femmes-hommes au XXIᵉ siècle. Trente ans plus tard, Xi Jinping en fait non seulement un point de mémoire, mais un levier de légitimité morale pour la Chine sur la scène internationale. Ce rappel historique permet à Pékin de se positionner comme héritier et promoteur d’un agenda mondial progressiste, tout en soulignant les limites du multilatéralisme occidental.

Xi Jinping inscrit la cause des femmes dans le cadre du « rêve chinois » (Zhongguo Meng), non comme une simple question sociale, mais comme un élément constitutif de la stabilité, du développement et de la civilisation. Cette vision s’appuie sur des indicateurs concrets :

  • En Chine, le taux d’activité féminine était de 61 % en 2023 (Banque mondiale), bien supérieur à la moyenne mondiale (47 %) et à celle des États-Unis (56 %).
  • La Chine compte 27 % de femmes parmi les députés de l’Assemblée populaire nationale (2023), un chiffre en hausse mais encore en deçà de la parité.
  • Depuis 2015, plus de 10 millions de femmes rurales ont été sorties de la pauvreté dans le cadre de la campagne nationale contre la pauvreté (ONU Femmes, 2022).

Ces données montrent que Pékin lie étroitement émancipation économique et stabilité sociale, conformément à une lecture marxiste actualisée : la libération des femmes passe par leur intégration productive, non par une révolution culturelle.

Le discours annonce des engagements concrets visant à renforcer la coopération internationale :

  • 100 millions de dollars alloués au Fonds de développement mondial pour les femmes.
  • 1 000 projets « Petits et Beaux » (petits projets à fort impact social) déployés dans les pays en développement.
  • 50 000 femmes formées d’ici 2030 dans des domaines clés (numérique, agriculture durable, entrepreneuriat).
  • Création d’un Centre mondial pour le renforcement des capacités féminines, basé à Beijing.

Ces annonces s’inscrivent dans la stratégie de diplomatie de développement chinoise, qui vise à offrir une alternative aux modèles occidentaux conditionnés par des exigences politiques. Selon l’OCDE, la Chine est devenue le deuxième bailleur bilatéral pour l’Afrique en 2023, avec une part croissante allouée aux programmes de genre.

Le discours opère une synthèse subtile entre :

  • Le confucianisme, qui valorise l’harmonie sociale et le rôle des femmes comme « piliers du foyer » (« elles portent la moitié du ciel », citation de Mao Zedong réactualisée).
  • Le marxisme-léninisme, qui insiste sur la transformation structurelle des conditions matérielles.
  • La pensée stratégique traditionnelle chinoise (Sun Tzu, Han Fei), qui voit la paix comme fruit de l’équilibre, non de l’idéalisme.

Cette combinaison permet à Xi Jinping de proposer une égalité différenciée, fondée non sur l’individualisme occidental, mais sur la complémentarité des rôles au service du collectif — une vision qui résonne particulièrement dans les sociétés du Sud global.

Xi Jinping souligne que 600 millions de femmes vivent dans des zones de conflit ou de fragilité (données ONU, 2024). Ce chiffre, utilisé à des fins morales, sert aussi à critiquer indirectement les interventions militaires occidentales. La Chine propose en contrepoint une sécurité « commune, intégrée, coopérative et durable », alignée sur sa doctrine de non-ingérence.

Dans ce cadre, l’émancipation féminine devient un instrument de stabilisation : les femmes sont présentées non comme victimes, mais comme actrices de la paix — une idée soutenue par des études du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui montrent que la participation des femmes augmente de 35 % les chances de succès des accords de paix.

Pour les pays africains comme le Maroc, ce discours ouvre des opportunités concrètes :

  • Coopération dans les centres de formation technologique pour jeunes femmes.
  • Programmes conjoints sur la transition numérique inclusive.
  • Soutien à l’entrepreneuriat féminin via les mécanismes de la Francofonie économique sino-africaine.

Le Maroc, engagé dans une politique de modernisation humaniste (Code de la famille de 2004, stratégie nationale pour l’égalité de genre 2022–2030), peut y trouver une convergence stratégique avec la vision chinoise.

En évitant le langage conflictuel et en privilégiant des termes comme « ensemble », « épanouissement », « tranquillité » ou « processus », Xi Jinping opère une reconfiguration symbolique du débat mondial. Alors que les discours occidentaux mettent l’accent sur les droits individuels et les sanctions, la Chine propose une gouvernance par l’exemple, la coopération et la patience stratégique.

Cette approche, qualifiée de « soft deterrence » par certains analystes, vise à gagner en légitimité morale sans confrontation directe. Elle s’inscrit dans la doctrine plus large de la « communauté d’avenir partagé pour l’humanité », qui place la Chine non comme une puissance hégémonique, mais comme architecte d’un ordre multipolaire inclusif.


Le discours de Xi Jinping ne se limite pas à une déclaration de principe. Il articule une vision civilisationnelle où l’égalité des genres est à la fois un objectif social, un instrument de développement et un vecteur de soft power. En liant l’émancipation féminine à la stabilité mondiale, à la paix et à la modernisation non occidentale, la Chine cherche à redéfinir les normes de la gouvernance globale.

Comme le souligne la formule finale du discours — « La persévérance donne de beaux résultats » —, Pékin mise sur le temps long, la cohérence programmatique et la générosité calculée pour asseoir son leadership moral. Dans ce cadre, la femme n’est plus seulement un sujet de politique publique : elle devient le miroir de la civilisation que la Chine entend incarner au XXIᵉ siècle.

Et c’est là, sans doute, le message le plus puissant : la grandeur d’une nation se mesure à la place qu’elle accorde à celles qui portent la moitié de son ciel.


Sources : Banque mondiale (2023), ONU Femmes (2022–2024), PNUD, OCDE, Assemblée populaire nationale de Chine, Ministère chinois du Commerce, Stratégie nationale pour l’égalité de genre du Maroc (2022).

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