La restitution par la Belgique, le 20 juin, d’une relique de Patrice Emery Lumumba à sa famille et à la République démocratique du Congo est un acte qui dépasse le simple geste diplomatique.
C’est un moment de recueillement et de justice mémorielle qui ravive la flamme d’une figure emblématique de l’indépendance africaine. Leader au destin tragique, assassiné pour sa foi inébranlable en la souveraineté de son peuple, Lumumba demeure un symbole puissant de la lutte pour la dignité et la liberté du continent.
Cette mémoire, si vive au cœur de l’Afrique, résonne avec une profondeur particulière au Maroc, où les liens avec le martyr congolais sont gravés dans l’histoire de la nation.
L’histoire de cette connexion remonte aux premières heures des indépendances africaines, à une époque où le continent, vibrant d’un nouvel espoir, cherchait à définir son propre destin.
En août 1960, quelques semaines seulement après la proclamation de l’indépendance du Congo, un événement scelle cette fraternité naissante.
Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, figure tutélaire de l’indépendance marocaine, décore Patrice Lumumba du Grand Cordon de l’Ordre du Trône, la plus haute distinction du Royaume.
La cérémonie, empreinte de solennité, se déroule en présence du Prince héritier Moulay Hassan, futur Roi Hassan II.
Ce geste n’est pas anodin. Il est la reconnaissance par le Maroc d’un pair, d’un combattant de la liberté, et l’illustration éclatante de l’engagement du Royaume en faveur des mouvements de libération qui secouent alors le continent.
Dès cette période, le Maroc, lui-même jeune nation indépendante, affirme avec force son identité africaine. Le soutien à Lumumba et à la cause congolaise n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une politique étrangère cohérente et visionnaire.
Lorsque la crise éclate au Congo et que les Nations unies lancent un appel à la solidarité internationale, le Maroc est l’un des premiers pays à répondre présent, envoyant un contingent militaire pour participer à l’opération de maintien de la paix.
Cet engagement sur le terrain témoigne d’une solidarité qui n’est pas seulement verbale, mais active et concrète.
Parallèlement, le Royaume joue un rôle pionnier dans la construction de l’unité africaine, une unité qui se veut alors radicale et sans compromis avec les anciennes puissances coloniales.
C’est l’esprit du Groupe de Casablanca, formé en 1961, qui réunit autour de Feu SM le Roi Mohammed V des figures légendaires du panafricanisme telles que Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah et Sékou Touré.
Patrice Lumumba, bien qu’assassiné quelques jours avant la conférence, en est l’inspirateur et le martyr. Le Groupe de Casablanca défend une vision d’une Afrique forte, souveraine et maîtresse de son destin, une vision pour laquelle Lumumba a donné sa vie.
Cette relation fraternelle, initiée dans le feu de la lutte pour l’indépendance, n’a jamais faibli. Depuis plus de six décennies, l’axe Rabat–Kinshasa incarne une coopération fondée sur le respect mutuel, la solidarité indéfectible et une compréhension profonde des défis communs.
Poursuivie et consolidée par Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, qui a toujours maintenu un lien privilégié avec le Congo (alors Zaïre), cette relation a été portée à un niveau supérieur par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Aujourd’hui, la coopération entre les deux pays s’étend à tous les domaines – économique, social, culturel et spirituel – et s’inscrit dans la vision royale d’un co-développement africain solidaire et agissant.
En honorant la mémoire de Patrice Lumumba, le Maroc ne fait pas que se souvenir d’un ami et d’un allié historique. Il réaffirme la constance de ses principes : un attachement indéfectible à la souveraineté des nations africaines, une foi inébranlable en l’unité du continent, et une solidarité qui se manifeste par des actes concrets.
La flamme de Lumumba, symbole de la liberté africaine, continue de briller dans la mémoire et dans l’action du Royaume.
Nasrallah Belkhayate



