Edito

Le Maroc : Le Silence de la Finance qui libère l’Afrique

Analyse par Nasrallah Belkhayate

Écoutez, il y a trois ans j’étais à Rabat, et un ministre africain m’a glissé cette phrase qui hante encore mes analyses : « Nasrallah, le Maroc ne parle pas. Il agit. Et quand il parle, c’est déjà fait. » Aujourd’hui, cette vérité est devenue une onde de choc.

Pendant que la CEDEAO se fragmente, que l’Union Africaine cherche son souffle budgétaire à Bruxelles, le Maroc ne se contente plus de construire des routes ou des ports.

Le Maroc est devenu le banquier d’une partie du continent.

Voici l’analyse que l’on évite car elle consacre une réalité nouvelle : le Royaume a opéré une mutation génétique, passant d’une économie de résilience à une véritable puissance financière projetée.

Le Maroc n’est plus seulement le deuxième investisseur africain ; il est devenu l’architecte de la souveraineté monétaire et bancaire de ses voisins.

Entre 2017 et 2024, avec plus de 4 milliards de dollars d’IDE injectés en Afrique subsaharienne, le Royaume a compris que la vraie indépendance ne se plaide pas à la tribune de l’ONU, elle se signe au bas d’un bilan comptable.

Regardez le secteur bancaire : Attijariwafa Bank, BCP, Bank of Africa. Ce ne sont plus des banques marocaines, ce sont des institutions continentales.

Avec plus de 100 milliards de dollars d’actifs cumulés et une présence dans plus de 30 pays, elles constituent le système nerveux du commerce intra-africain.

Quand la ZLECAf patine dans des règles d’origine interminables, le banquier marocain, lui, finance déjà l’import-export à Abidjan, Dakar ou Libreville. C’est la finance de terrain contre la bureaucratie de sommet.

Pendant que l’UA survit avec un budget dont 40% dépend de l’étranger, le Maroc, troisième contributeur continental, injecte ses 78 millions de dollars annuels sans bruit, sans conditions, mais avec une autorité de fait.

Tanger Med n’est plus un port, c’est une juridiction économique mondiale. 18ème mondial, 9 millions de conteneurs : il est le point de passage obligé.

Vous voulez commercer avec le monde ? Vous passez par le Maroc.

Le Gazoduc Nigeria-Maroc (25 milliards de dollars) n’est pas qu’un tuyau ; c’est une colonne vertébrale géopolitique.

En finançant les études et en mobilisant les fonds souverains, Rabat rend la ZLECAf physiquement réelle avant qu’elle ne soit juridiquement actée.

La réussite marocaine repose sur une doctrine que les organisations régionales ont oubliée : on ne distribue pas une richesse que l’on n’a pas produite.

1. La notation souveraine : Seul pays d’Afrique du Nord à flirter avec l’ Investment Grade, le Maroc emprunte là où les autres négocient des moratoires. Sa signature financière est un actif diplomatique.

2. L’OCP, le bras armé : Avec 70% des réserves mondiales de phosphates, l’OCP n’exporte plus seulement du minerai, elle exporte de la sécurité alimentaire. En investissant des milliards dans des usines d’engrais locales (Éthiopie, Nigeria), le Maroc sécurise le futur du continent en se rendant indispensable.

3. Casablanca Finance City (CFC) : C’est le coup de génie. En créant la première place financière d’Afrique, le Maroc a rapatrié le centre de décision. Les multinationales ne pilotent plus l’Afrique depuis Londres ou Paris, elles le font depuis Casablanca.

La CEDEAO, la ZLECAf et la CAF s’essoufflent parce qu’elles sont des structures « top-down » : des institutions sans fonds propres.

Le Maroc a fait l’inverse. Il a construit son épargne, consolidé ses réserves (plus de 35 milliards de dollars de réserves de change), musclé ses banques, pour ensuite proposer une intégration par le haut.

Le Maroc ne demande pas la permission d’exister. Il crée des faits accomplis financiers. Que ce soit par le football (une Fédération autofinancée à 78% qui humilie les budgets assistés de la CAF) ou par l’industrie automobile (10 milliards de dollars à l’export), le message est clair : La souveraineté est un muscle financier, pas un discours politique.

Soyons honnêtes.

L’Afrique parle de miracle depuis 60 ans. Le miracle africain — le vrai — il existe. Il s’appelle le Maroc. Et personne ne veut vraiment l’imiter.

Pourquoi ?

Parce qu’imiter le Maroc ça demande de la discipline. De la patience. Une vision sur 30 ans. Et des dirigeants capables de résister à la tentation du court terme.

Regardez la CEDEAO. Créée en 1975. 50 ans d’existence. Et le revenu moyen d’un habitant de la zone, 1 800 dollars par an. Contre 3 900 dollars au Maroc. Pour une organisation censée créer la prospérité par l’intégration économique, c’est un échec mesurable. Pas une opinion. Un chiffre.

La ZLECAf — censée multiplier par trois le commerce intra-africain d’ici 2035. Objectif noble. Mais aujourd’hui, 4 ans après son lancement officiel,  le commerçant sénégalais paie encore des droits de douane pour vendre ses arachides au Ghana. La femme ivoirienne paie encore des frais bancaires prohibitifs pour envoyer de l’argent au Burkina Faso. Le paysan tanzanien ne peut toujours pas écouler ses récoltes librement au Kenya voisin.

La ZLECAf existe sur le papier. Pas dans la vie des gens.

La CAF maintenant. 60 ans de football africain. Et un jeune talent de Lagos ou d’Abidjan doit encore traverser la Méditerranée pour espérer vivre de son sport. Parce que les championnats africains ne génèrent pas assez de revenus pour retenir leurs meilleurs éléments. Les droits télévisés de toute la CAF réunis, 60 millions de dollars. La Premier League anglaise, 3 milliards par an. Pour du football. Faut pas rigoler, non plus !

Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif que l’Afrique n’a pas encore fait.

Le Maroc lui, a fait ce choix. Seul. Courageusement. Souverainement.

Et tant que les organisations panafricaines ne s’inspireront pas sérieusement de ce modèle, elles resteront de belles structures vides qui n’impactent pas le quotidien de la mère de famille à Bamako, du jeune diplômé à Dakar, de l’entrepreneur à Kinshasa.

C’est ça la vraie mesure d’une organisation. Pas ses sommets. Pas ses discours.

Car pendant que les commissions rédigent des rapports, le silence du Maroc continue de bâtir un empire de flux, de crédits et de béton sous le leadership éclairé et béni de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le glorifie.

Et dans ce nouveau monde, le silence de celui qui finance est toujours plus puissant que les cris de celui qui attend.

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