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Tokayev : L’Architecte Discret de l’Asie Centrale

Quand je parle de Kassym-Jomart Tokayev, président du Kazaghstan, je parle d’un homme que la plupart des analyses ne prennent pas le temps de décortiquer correctement. Et c’est précisément pour ça que je veux en parler aujourd’hui.

Parce que dans mon analyse géostratégique, je ne suis pas là pour répéter ce que les médias mainstream ressassent. Je suis là pour montrer ce que les chiffres, les séquences et les faits révèlent vraiment.

Voilà ce que je vois.

Tokayev n’est pas un président de transition. C’est un architecte d’État.

Mars 2019. Nazarbayev démissionne après trois décennies au pouvoir. Tout le monde attend le chaos. Tout le monde prédit l’instabilité.

C’est le scénario classique dans les républiques post-soviétiques : le chef historique part, et derrière lui c’est le vide, la guerre des clans, l’effondrement des institutions.

Qu’est-ce qui se passe au Kazakhstan ? Rien de tout ça. Une transition propre. Maîtrisée. Élégante.

C’est un diplomate de carrière, formé à l’ONU, qui comprend les rapports de force internationaux mieux que la plupart des chefs d’État en exercice aujourd’hui.

Voilà la mécanique.

Ce qui me frappe en premier, c’est la séquence des réformes.

Parce que dans mon métier d’analyste, je regarde toujours la séquence.

Dans quel ordre un dirigeant met-il en place ses réformes ?

Ça me dit tout sur sa vision. Tokayev commence par quoi ? Par le dialogue.

En 2019, il crée le Conseil national de la confiance publique. Entendons bien ce mot : confiance. Pas autorité. Pas contrôle. Confiance.

C’est un signal politique d’une clarté absolue. Il dit à sa société civile : « Je t’écoute. »

Dans une région où les dirigeants parlent et les peuples se taisent, c’est une rupture civilisationnelle.

Et puis vient 2022. Les manifestations éclatent. Violence, tensions, intervention de l’OTSC.

Beaucoup de dirigeants dans cette situation auraient serré la vis, durci le régime, utilisé la crise comme prétexte pour consolider le pouvoir autoritaire.

Tokayev fait l’exact opposé. Il accélère les réformes. Il organise un référendum constitutionnel.

Il redistribue les pouvoirs, renforce le Parlement, introduit l’élection directe des maires, une première en Asie centrale, une première historique.

C’est ça qui fascine dans cette trajectoire. Il transforme une crise en opportunité démocratique. C’est extrêmement rare. Extrêmement rare.

Maintenant parlons économie. Parce que c’est là que les chiffres parlent d’eux-mêmes.

16% de croissance depuis 2019. Une économie qui atteint 291 milliards de dollars en 2025.

Dans un contexte mondial de turbulences, de guerre en Ukraine, de chocs énergétiques, de pressions inflationnistes globales, le Kazakhstan affiche ces performances.

Pourquoi ? Parce que Tokayev a fait quelque chose que beaucoup de dirigeants de pays à ressources naturelles refusent de faire, par confort, par paresse intellectuelle ou par intérêt personnel.

Il a diversifié. Il a démonopolisé. Il a attiré des investissements étrangers en créant un environnement prévisible, stable, lisible pour les capitaux internationaux.

Ce n’est pas de la chance. C’est de la politique économique cohérente sur le long terme.

Et le social.

Parce que je dis toujours : un État qui ne prend pas soin de son capital humain n’est pas un État, c’est une extraction.

1 200 nouvelles écoles. Le financement de l’éducation triplé en cinq ans.

L’assurance maladie obligatoire dès janvier 2020.

Des établissements médicaux construits dans les zones rurales, là où les gens sont le plus vulnérables, le plus oubliés habituellement.

Ce sont des choix politiques. Des choix qui disent quelque chose de la philosophie d’un dirigeant.

Tokayev a aboli la peine de mort. Je m’arrête là-dessus une seconde.

En Asie centrale. Dans une région où les systèmes juridiques portent encore l’empreinte soviétique.

C’est un acte de courage politique et de modernité juridique que beaucoup de pays dits développés n’ont pas encore accompli.

Maintenant, la politique étrangère. Et c’est là où je veux être précis, parce que c’est là que réside le génie stratégique de Tokayev.

Le Kazakhstan est entouré de la Russie au nord et de la Chine à l’est.

Deux puissances nucléaires, deux géants qui exercent une pression gravitationnelle constante sur les petits et moyens États de la région.

La question existentielle pour tout dirigeant kazakh, c’est : comment préserver sa souveraineté sans provoquer l’un ou l’autre ?

La réponse de Tokayev, c’est ce que j’appelle l’équilibre actif multi-vecteurs.

Il ne s’aligne pas. Il ne se soumet pas. Il construit des partenariats dans toutes les directions simultanément.

L’ONU, l’OTS, les relations avec le Pakistan, les partenariats commerciaux avec l’Europe, les liens avec les États-Unis. Il transforme la position géographique du Kazakhstan, qui pourrait être une vulnérabilité, en atout diplomatique majeur.

C’est Sun Tzu appliqué à la diplomatie contemporaine. Gagner des espaces sans affrontement direct.

Les critiques diront que les défis persistent.

Que la démocratie kazakhe a encore du chemin.

Qu’on ne transforme pas des décennies d’autoritarisme en quelques années de réformes.

C’est vrai. Personne ne dit le contraire.

Mais la direction est claire. La trajectoire est lisible.

Et dans mon analyse, la trajectoire d’un pays sur dix ans me dit plus que son état à un instant donné.

Ce que je retiens de Tokayev, c’est ceci.

Dans un monde où les dirigeants rétrécissent face aux crises, il a choisi d’élargir.

Dans un monde où on ferme les espaces démocratiques, il les a ouverts.

Dans un monde où on joue court terme, il joue long terme.

C’est ça, pour moi, une vision d’ homme d’État.

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