Le message de félicitations envoyé par le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, à Keiko Fujimori, élue présidente du Pérou et investie fin juillet 2026, est passé presque inaperçu. Pourtant, ce geste simple révèle une stratégie diplomatique bien construite du côté marocain, qui dépasse largement le cadre protocolaire international.
Le Pérou n’est pas un grand partenaire commercial du Royaume, et l’inverse est vrai aussi. On pourrait donc croire que cette relation compte peu. C’est une erreur d’interprétation. En politique étrangère, l’importance d’une relation ne se mesure pas seulement au volume des échanges, mais aussi à l’influence gagnée. Une relation qui coûte peu peut rapporter beaucoup sur le plan politique. C’est exactement ce qui se joue ici. Ce que le Maroc recherche avec le Pérou, ce n’est pas un débouché commercial, mais un soutien diplomatique et fraternel : une voix de plus derrière sa position sur le Sahara marocain. Dans ce dossier, chaque pays qui prend position pèse dans le rapport de force face au voisin algérien, qui défend depuis des décennies le camp illusoire. Cette reconnaissance politique vaut, sur le long terme, bien plus qu’un simple accord commercial.
Ce geste met en exergue une vision plus large, portée personnellement par le Roi : faire de l’océan Atlantique un espace de coopération entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique latine, avec le Royaume du Maroc comme point central. Cette vision n’est pas nouvelle. On la retrouve déjà dans l’Initiative atlantique lancée pour les pays du Sahel, qui leur donne un accès à la mer grâce aux ports marocains. Se rapprocher du Pérou, du Brésil ou de l’Équateur suit la même logique : construire un pont entre les deux rives de l’Atlantique, avec le Royaume comme intermédiaire naturel entre le Sud global et le reste du monde.
Il y a aussi un élément économique important : le phosphate. Le Maroc possède des réserves considérables de cette ressource, essentielle pour produire des engrais et nourrir le monde. Lors de la crise du détroit d’Ormuz, au début de l’année 2026, le Maroc a pu livrer plus rapidement que ses concurrents grâce à ses infrastructures portuaires. Ce genre de moment compte énormément, car il construit une réputation de partenaire fiable. Cette réputation vaut aujourd’hui, aux yeux des pays partenaires, plus que des décennies de discours sur la solidarité entre les pays du Sud.
De son côté, l’Algérie a longtemps entretenu de bons liens avec des pays de gauche en Amérique latine, comme le Venezuela, Cuba ou le Mexique. Ces alliances remontent souvent à la Guerre froide et au soutien historique de ces pays au Front Polisario. Mais ce terrain politique change. Les nouvelles générations de dirigeants latino-américains sont moins attachées à ces solidarités idéologiques héritées du passé. Elles cherchent avant tout des résultats concrets : de l’énergie, des investissements, des infrastructures utiles à leur pays. Sur ce terrain, le Maroc dispose d’une offre plus convaincante que l’autre pays.
Le cas péruvien explique bien ce changement. Le soutien à la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara a réuni, au Congrès péruvien, des élus de différentes forces politiques. Ce n’est donc plus une question idéologique là-bas, mais une question d’intérêt national. Cela confirme que le Maroc avance avec une vision politique gagnante et propose des partenariats très riches avec les pays frères.
Ainsi, la relation entre le Maroc et le Pérou n’est pas une amitié symbolique. Elle est un exemple de méthode diplomatique. Le Maroc mise sur la patience, la constance et des propositions concrètes, plutôt que sur des discours ou des coups d’éclat. Face à une Algérie qui défend encore des positions héritées d’une autre époque, cette approche semble plus efficace sur la durée. Le Pérou n’est sans doute qu’un premier pas vers d’autres pays d’Amérique latine, qui chercheront eux aussi, dans les années à venir, un partenaire fiable plutôt qu’un allié idéologique.
C’est en cela que réside la véritable force de la diplomatie marocaine dans cette région du monde : convaincre par les actes plutôt que par les mots, et transformer geste après geste, une région longtemps secondaire en un nouveau terrain d’influence pour le Royaume du Maroc.



