L’Union Africaine et la Question de la Parité : Un Appel à la Cohérence
Analyse par Nasrallah Belkhayate

L’Union Africaine représente l’une des plus grandes aspirations du continent : celle d’une Afrique unie, prospère et maître de son destin.
Ses institutions, ses chartes, ses engagements témoignent d’une volonté sincère de bâtir une organisation à la hauteur des défis du 21ème siècle.
Parmi ces engagements, figure un principe qui mérite notre attention particulière : la reconnaissance que l’égalité des genres n’est pas seulement une question de justice, mais une nécessité stratégique pour le développement du continent.
En 2012, le Conseil Exécutif de l’Union Africaine s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre la parité de 50% de femmes dans tous les organes de prise de décision.
C’est une promesse noble. C’est aussi une promesse qui mérite d’être examinée avec honnêteté.
Aujourd’hui, si nous regardons la composition de ses principaux organes, nous observons une réalité qui invite à la réflexion.
Au Parlement Panafricain, la représentation féminine se situe autour de 26%.
Au Conseil de Paix et de Sécurité, les chiffres restent en deçà des attentes.
À la Conférence des Chefs d’État, moins de 10% de femmes occupent ces postes de responsabilité.
Il ne s’agit pas ici de condamner, mais de constater une réalité : il existe un écart significatif entre les objectifs affichés et la situation actuelle.
C’est ce que nous pourrions appeler une « opportunité de cohérence ».
Pourquoi cette question est-elle importante ?
Parce que l’Union Africaine, en tant que leader continental, a une responsabilité particulière.
Lorsqu’elle encourage ses États membres à progresser vers la parité, elle le fait avec une légitimité qui repose sur son propre exemple.
Quand cet exemple est incomplet, le message perd de sa force.
Mais il y a plus. Les études montrent que la diversité dans les processus décisionnels conduit à de meilleures politiques, à une meilleure gestion des ressources et à une plus grande stabilité institutionnelle.
En se privant de la participation pleine des femmes à tous les niveaux de sa gouvernance, l’Union Africaine se prive également de cette richesse.
Comment remédier à cette situation ? Plusieurs voies s’ouvrent.
D’abord, il faudrait que l’objectif de parité devienne non pas une aspiration, mais un critère opérationnel.
Cela signifie que toute nomination, toute candidature, toute délégation aux organes de l’Union Africaine devrait être évaluée à travers le prisme de cet objectif.
Ce n’est pas une question de quotas imposés, mais de responsabilité assumée.
Ensuite, il serait pertinent de créer des mécanismes de suivi et de transparence.
Que les progrès vers la parité soient documentés, mesurés et rapportés régulièrement.
La transparence est le fondement de la crédibilité.
Enfin, il convient de reconnaître que cette transition demande du temps et de la volonté politique.
Mais c’est précisément parce que c’est un défi que l’Union Africaine doit le relever.
Elle a l’occasion de montrer au monde que l’Afrique ne se contente pas de parler d’égalité, elle la construit, jour après jour, dans ses propres institutions.
L’Union Africaine a les outils, les textes et la vision pour y parvenir.
Ce qui manque, peut-être, c’est cette dernière étape : transformer l’engagement en action, et l’action en résultat.
Juste une prise de décision parfaitement légitime !
C’est un appel, non pas à la critique, mais à la cohérence.
C’est une invitation à l’Union Africaine à devenir le modèle qu’elle prêche depuis belle lurette.
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