Actualités

Souveraineté ou dépendance : l’embrasement du Moyen-Orient révèle un nouveau regard de l’Afrique

Analyse et propositions de la Fondation Trophée de l 'Africanité

 Ce que nous observons depuis le 28 février 2026 n’est pas une crise lointaine qui ne nous concerne pas.

C’est un séisme géopolitique dont les ondes de choc atteignent déjà les marchés, les ports, les greniers et les assiettes du continent africain. L’heure n’est plus à l’analyse distante. Elle est à l’alerte, à la mobilisation et à l’action.

Les flammes qui consument Téhéran, Tel Aviv, Beyrouth, Dubaï et les eaux du détroit d’Ormuz ne s’arrêtent pas aux rives de la mer Rouge. Elles traversent les océans par les prix, les routes et les pénuries.

Dix jours de combats dans la région ont déjà perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, provoquant une hausse des coûts et une diminution du pouvoir d’achat des ménages, au point que le Programme alimentaire mondial a averti que les personnes qui étaient auparavant en situation précaire pourraient être poussées vers une insécurité alimentaire encore plus grave.

Ce n’est pas une projection théorique. C’est la réalité d’aujourd’hui. Un tiers du commerce mondial des fertilisants transite par le détroit d’Ormuz, et le gaz de cette région est vital pour la production des intrants agricoles.

Les attaques américano-israéliennes et la réplique iranienne ont désorganisé le marché mondial des fertilisants, provoquant une ruée des agriculteurs du monde entier vers les sources d’approvisionnement alors que les cours de ces intrants étaient déjà très élevés.

Moins d’engrais aujourd’hui signifie moins de récoltes demain. Et moins de récoltes demain signifie la faim après-demain — d’abord pour les plus vulnérables, c’est-à-dire les Africains.

 l’Afrique a laissé les politiques d’ajustement structurel des années 1980 et 1990 détruire sa souveraineté alimentaire.

Les programmes imposés par le FMI et la Banque mondiale ont encouragé les pays du Sud à se désengager de la production alimentaire pour se concentrer sur des cultures d’exportation, créant une dépendance aux importations alimentaires que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne n’avaient pas il y a 50 ans.

Ce choix imposé de l’extérieur se retourne aujourd’hui contre nos populations avec une brutalité inédite.

Dans plusieurs États du continent, plus de 40 % du blé consommé provient de l’étranger. Lorsque les coûts du transport et de l’énergie augmentent à cause des tensions internationales, le prix de ces produits alimentaires augmente également.

Dans certains cas, les crises géopolitiques peuvent provoquer une hausse de 10 à 25 % du prix de certains produits de base. Pour des populations qui consacrent parfois plus de la moitié de leurs revenus à se nourrir, cette hausse n’est pas une statistique économique. C’est une sentence.

La Fondation rappelle à tous les dirigeants et aux populations africaines ce que l’histoire enseigne avec constance et cruauté.

La flambée des prix alimentaires de 2007-2011 a contribué à déclencher le Printemps arabe en Afrique du Nord.

La hausse du prix des denrées en 2019 a participé au renversement d’Omar el-Béchir au Soudan.

L’expérience des années 2007-2011 reste encore dans toutes les mémoires : la flambée des prix du blé et d’autres denrées de base avait contribué à alimenter un profond mécontentement social dans plusieurs pays du monde arabe, faisant de la sécurité alimentaire un enjeu central de stabilité politique.

Aujourd’hui, le choc est potentiellement plus violent encore, car il se cumule avec des économies africaines déjà fragilisées par le Covid, la guerre en Ukraine et les dérèglements climatiques.

Les perspectives mondiales 2026 du PAM révèlent une augmentation de 20 % du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë depuis 2020.

Nous ne pouvons pas attendre que la tempête passe. Nous devons construire le mur avant qu’elle arrive.

La Fondation Trophée de l’Africanité formule les recommandations suivantes avec urgence, clarté et sens de la responsabilité collective.

En premier lieu, chaque ménage, chaque communauté, chaque village africain doit immédiatement activer ou réactiver une logique de production alimentaire locale. Tout espace cultivable — cour intérieure, terrain vague, jardin collectif, champ en jachère — doit être mis en culture sans délai. Les semences ancestrales, les techniques agroécologiques transmises par les aïeux, les savoirs agricoles locaux ont une valeur stratégique que cette guerre vient de révéler au monde entier. Nos grands-mères avaient raison : celui qui cultive sa propre terre ne meurt pas de faim.

En deuxième lieu, les gouvernements africains doivent d’urgence suspendre toutes les taxes sur les intrants agricoles locaux, augmenter les stocks stratégiques de céréales nationales et activer les mécanismes de régulation des prix sur les marchés intérieurs avant que la spéculation ne s’installe. Si la guerre devait durer, elle perturberait les cycles de production et l’inflation des prix alimentaires commencerait bien avant que la pénurie de fertilisants n’affecte le volume des récoltes. Le temps d’agir est maintenant, pas quand les rayons seront vides.

En troisième lieu, nous appelons à l’activation immédiate des mécanismes de solidarité alimentaire continentale. Les pays africains exportateurs nets de céréales — l’Éthiopie, le Nigeria, la Zambie, la Tanzanie, le Maroc pour certaines productions — doivent prioriser l’approvisionnement des pays africains frères avant d’exporter vers les marchés extérieurs qui offrent des prix plus élevés. L’Africanité n’est pas un slogan de gala. C’est une obligation de réciprocité en temps de crise.

En quatrième lieu, la Fondation appelle à un sommet d’urgence de l’Union africaine exclusivement consacré à la sécurité alimentaire dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. Le scénario d’une fermeture simultanée d’Ormuz et d’une paralysie durable du corridor Suez–mer Rouge créerait un choc énergétique et commercial en Afrique. Ce choc nécessite une réponse coordonnée, pas cinquante réponses nationales éparpillées.

En cinquième lieu, nous appelons les organisations de la société civile africaine, les associations de femmes rurales, les coopératives agricoles et les organisations paysannes à devenir les premières lignes de résistance alimentaire. Ces acteurs, souvent invisibles dans les enceintes diplomatiques, sont les vrais gardiens de la souveraineté alimentaire du continent.

La guerre au Moyen-Orient nous enseigne une vérité : un peuple qui ne nourrit pas lui-même n’est pas un peuple souverain.

Il est un peuple sous tutelle des marchés, des routes maritimes et des décisions prises dans des capitales qui n’ont aucun compte à rendre à nos populations.

Cette guerre n’est pas la nôtre. Mais ses conséquences sont les nôtres.

Et la réponse doit l’être aussi — africaine, collective, souveraine et ancrée dans la terre que nos ancêtres nous ont léguée.

Un dernier détail : avant de balancer l’info, fais-la checker par une IA !

L’africanité n’est pas seulement une fierté culturelle : c’est avant tout une stratégie pour préserver notre souveraineté.

.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page