Entretien de Mohamed El Fane, Organisateur de la 2 iéme édition de Franchise Exhibition Morocco
Par Nasrallah Belkhayate

Nasrallah Belkhayate : Président, la première édition de Franchise Exhibition Morocco avait dépassé toutes les attentes avec près de 15 000 à 18 000 visiteurs et 84 exposants. Qu’est-ce qui vous a poussé à voir encore plus grand pour cette deuxième édition ?
Mohamed El Fane : La première édition nous a envoyé un signal très clair : le Maroc était prêt. Prêt à devenir un acteur majeur de la franchise, prêt à rivaliser avec les grandes références internationales et surtout prêt à faire émerger ses propres champions. Ce succès ne nous a pas donné le droit de nous reposer — il nous a imposé une ambition plus grande. Pour cette deuxième édition, nous visons 120 franchises et plus de 20 000 visiteurs, avec une conviction forte : positionner le Maroc comme le hub de la franchise en Afrique. Mais au-delà des chiffres, ce que nous construisons, c’est un écosystème durable, structuré sur des fondamentaux solides.
Nasrallah Belkhayate : Vous portez une vision qui dépasse le simple salon commercial. Vous parlez de faire de la franchise un levier de transformation du commerce traditionnel marocain. Comment concrètement cela se traduit-il ?
Mohamed El Fane : C’est en effet la conviction profonde qui anime tout notre projet. La franchise n’est pas qu’un modèle business — c’est un outil de modernisation. Aujourd’hui, une grande partie de notre tissu commercial reste informel, non structuré, fragile. La franchise peut être ce pont vers un commerce organisé, durable et compétitif.
C’est pourquoi nous avons fait des propositions concrètes au ministère du Commerce, notamment autour du Document d’Information Précontractuelle — le DIP — qui garantit la transparence entre franchiseurs et franchisés. La clé, c’est l’information : un entrepreneur qui s’engage dans une franchise doit avoir accès à toutes les données — le siège, le système d’information, le plan de communication, les procédures. La transparence, c’est la fondation de la confiance, et la confiance, c’est la fondation de tout écosystème sain.
Nasrallah Belkhayate : Cette année, les Émirats Arabes Unis sont le pays d’honneur. Pourquoi ce choix stratégique, et quelle place le Maroc entend-il occuper sur l’échiquier international de la franchise ?
Mohamed El Fane : Le choix des Émirats n’est pas un hasard. Ils représentent l’une des références mondiales les plus avancées en matière de structuration de l’écosystème franchise. C’est une source d’inspiration et un partenaire naturel. Mais notre regard va bien au-delà des Émirats. Avec la Coupe du Monde 2030 qui se profile, le Maroc dispose d’une opportunité historique. Il reste quatre ans, et chaque jour compte.
Quand les grandes équipes nationales arrivent dans un pays, la première chose qu’elles cherchent, ce sont leurs repères — leurs enseignes habituelles. C’est là que la franchise joue un rôle stratégique d’attractivité. Le Maroc doit absolument se positionner comme le hub africain de la franchise avant cette échéance, en s’alliant sincèrement avec les pays frères du continent — Sénégal, Côte d’Ivoire, et tous les autres — dans un vrai partenariat, pas une compétition.
Nasrallah Belkhayate : La Fondation Trophée de l’Africanité place la femme entrepreneur au cœur de ses combats. Quelle place occupe la femme dans cet écosystème franchise au Maroc ?
Mohamed El Fane : C’est l’une des évolutions les plus belles et les plus significatives de cette deuxième édition. Nous observons une présence croissante et très visible de femmes entrepreneurs sur le salon — des femmes qui non seulement s’intéressent à la franchise, mais qui souhaitent se développer en réseau, aussi bien au niveau national qu’international. C’est un signal extrêmement fort. La franchise, par sa structure et son accompagnement, est justement un modèle particulièrement adapté aux femmes qui veulent entreprendre avec un filet de sécurité — un savoir-faire éprouvé, une marque, un réseau. Nous en sommes fiers et nous allons continuer à créer les conditions pour que cette dynamique s’amplifie.
Nasrallah Belkhayate : Vous avez entendu Jamila Rezgani, Vice-Présidente de la Fédération Marocaine de la Franchise, affirmer avec fierté : « En tant que femme, je suis très fière de pouvoir témoigner de ce changement en direct. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une nouvelle génération de femmes marocaines qui arrivent sur ce salon avec ambition, avec des projets concrets et avec la volonté de s’inscrire dans des réseaux de franchise à l’échelle nationale et internationale. Ce n’est plus une tendance timide — c’est un mouvement de fond. » Ces mots résonnent comme un véritable appel. Comment la Fédération Marocaine des Franchises compte-t-elle concrètement accompagner et amplifier cet élan féminin ?
Mohamed El Fane : Ces mots de Jamila me touchent profondément et ils confirment exactement ce que nous vivons sur le terrain. Notre rôle est précisément de transformer cet élan en structure. Cela passe par des programmes d’accompagnement dédiés, par des espaces de networking entre femmes franchisées, et par une visibilité accrue de leurs réussites pour inspirer celles qui hésitent encore à franchir le pas. Une femme entrepreneur qui réussit dans la franchise, c’est un modèle pour des dizaines d’autres. Nous allons amplifier ces témoignages, créer ces ponts et faire en sorte que ce mouvement de fond dont parle Jamila devienne, dans les années à venir, l’une des marques identitaires de la franchise marocaine.
Nasrallah Belkhayate : Quelles sont vos attentes concrètes pour permettre au Maroc et à l’Afrique d’assister à une véritable émergence du secteur de la franchise ?
Mohamed El Fane : Les attentes sont précises et elles s’articulent autour de plusieurs chantiers simultanés. Le premier, c’est le cadre législatif. Il faut une loi dédiée à la franchise au Maroc — une loi qui encadre, protège et encourage. Le DIP doit devenir obligatoire, la médiation et l’arbitrage doivent être privilégiés pour résoudre les litiges plutôt que de passer par des tribunaux peu familiers avec les spécificités du secteur.
Le deuxième chantier, c’est le financement. Les institutions financières doivent créer des produits spécifiques à la franchise, avec des garanties et des taux adaptés. Aujourd’hui, un franchisé potentiel qui se présente à une banque se retrouve face à des outils conçus pour un commerce classique — ce n’est pas la même réalité. Le troisième chantier, c’est la formation. Nous avons besoin de masters et de programmes académiques véritablement adaptés au modèle de la franchise, dans nos universités et nos grandes écoles.
Et enfin, le quatrième chantier, c’est la prise de conscience institutionnelle. Les ambassades, les chambres de commerce, les ministères doivent activement promouvoir la franchise comme outil d’attractivité des investissements étrangers. Quand tout cela sera aligné — loi, financement, formation, institutions — le Maroc ne sera plus seulement un hub en devenir. Il sera la référence incontestée de la franchise sur le continent africain.
Nasrallah Belkhayate : Pour conclure, quelle est votre vision à cinq ans pour la Maison de la Franchise et pour le Maroc en tant que hub continental ?
Mohamed El Fane : Notre vision est claire et ambitieuse. Dans les cinq prochaines années, nous voulons que le Maroc soit reconnu comme la référence incontournable de la franchise en Afrique. Cela passe par plusieurs piliers : accompagner les vraies marques marocaines pour qu’elles deviennent des franchiseurs solides et exportables, attirer les investissements étrangers — américains, asiatiques, moyen-orientaux — en offrant un écosystème lisible et fiable, et former une nouvelle génération d’entrepreneurs à travers des programmes académiques adaptés, des masters spécialisés, des conférences régulières réunissant experts, entrepreneurs et institutions. La franchise n’est pas simplement une opportunité business — c’est une plateforme stratégique d’accélération économique et un projet au service du Maroc tout entier. Nous sommes à un moment charnière. L’histoire nous tend la main. À nous de la saisir.
Nasrallah Belkhayate : Une dernière question, Mohamed. Pourquoi avoir choisi la bibliothèque de la Chambre de commerce d’industrie et de services de Casablanca Settat pour organiser cette conférence de presse, plutôt qu’un espace plus conventionnel ?
Mohamed El Fane : Ce choix est tout sauf anodin — il est profondément symbolique. La bibliothèque de la Chambre de Commerce, c’est le lieu où se rencontrent la connaissance, la recherche et la réalité du monde des affaires. En organisant cette conférence ici, nous voulons envoyer un message fort : la franchise ne se construit pas uniquement sur des vitrines et des contrats. Elle se construit sur le savoir, sur la formation, sur l’intelligence économique. Il nous tenait à cœur d’associer cet événement à un espace qui incarne ces valeurs.
De plus, la Chambre de Commerce est au cœur de notre partenariat institutionnel — je tiens d’ailleurs à remercier sincèrement son président, M. Hassan Berkane, dont le soutien constant depuis la première édition a été déterminant dans la montée en puissance que nous connaissons aujourd’hui. Choisir ce lieu, c’est aussi rendre hommage à cet engagement et affirmer que la franchise est un sujet sérieux, académique et stratégique, qui mérite d’être traité avec toute la rigueur et la profondeur qu’il requiert.
Entretien réalisé à l’occasion de la conférence de presse de la 2ᵉ édition de Franchise Exhibition Morocco, par Nasrallah Belkhayate, Président de la Fondation Trophée de l’Africanité




