Edito

La Fondation de l’Africanité réagit aux propos de Ousmane Sonko

Par Nasrallah Belkhayate

Il est des paroles qui, comme les étoiles du désert, guident les caravanes vers l’oasis ; il en est d’autres qui, telles des vents contraires, dispersent le sable et effacent les pistes que des générations ont tracées.

C’est avec le respect dû à la fonction de M. Ousmane Sonko, mais aussi avec cette exigence de mesure et de hauteur que Léopold Sédar Senghor avait élevée au rang d’éthique politique, que nous souhaitons répondre.

Senghor nous a enseigné qu’en Afrique, la parole publique ne vaut pas seulement par ce qu’elle affirme, mais par ce qu’elle relie.

Car l’homme qui parle est semblable au puits : il peut désaltérer ou il peut tarir. La parole vraie doit éclairer sans blesser, affermir sans opposer. Elle doit rappeler que la souveraineté véritable — celle qui habite le cœur des peuples et non seulement les palais — ne se construit jamais contre la fraternité, mais à partir d’elle.

L’arbre ne grandit pas en niant ses racines ; il s’élève parce qu’elles plongent profond dans la terre commune.

C’est précisément pour cette raison que la parole d’un Premier ministre sénégalais porte au-delà de la salle où elle est prononcée. Elle traverse les frontières comme le vent traverse le Sahel.

Elle est entendue par des peuples, par des familles où les anciens transmettent encore aux enfants le sens de l’honneur, par des étudiants qui cherchent leur chemin, par des commerçants et des travailleurs qui, chaque jour, tissent la toile invisible de la fraternité africaine.

Elle est entendue surtout par cette communauté de près de 200 000 Sénégalais vivant au Maroc — 200 000 âmes qui ont fait d’une terre sœur leur demeure, et qui témoignent, par leur présence même, d’un lien humain aussi ancien que les routes du sel et de l’or.

Car voyez-vous, il existe entre les peuples des liens que les traités ne créent pas et que les discordes ne peuvent défaire.

Ce sont les liens du pain partagé, du regard qui reconnaît l’autre comme un frère, du toit offert à l’étranger qui cesse aussitôt d’être étranger. Dès lors, comment parler du Maroc avec légèreté ?

Comment en donner une lecture réductrice, lorsque tant de Sénégalais y vivent heureux, dignes, intégrés et fiers, dans la sérénité du quotidien et le respect mutuel ?

On ne juge pas une maison par ses murs, mais par l’accueil qu’on y reçoit. Et ceux qui ont été accueillis savent.

Senghor nous invitait à préférer la civilisation de l’universel aux enfermements du malentendu. Il avait compris, comme le Roi Hassan II, paix sur son âme, l’exprimait avec la sagesse des bâtisseurs, que « le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe ».

Et cet arbre-là, nul ne peut l’arracher de sa terre sans mutiler le continent tout entier. C’est dans cet esprit que nous appelons respectueusement M. Ousmane Sonko à redonner à sa parole la pleine hauteur de la tradition sénégalaise : une tradition de discernement, d’élégance intellectuelle et de fidélité aux grands équilibres africains.

Car un grand responsable ne grandit pas en entretenant l’équivoque. Il grandit en rassurant les peuples frères, en honorant les continuités diplomatiques, en parlant au nom de ce qui unit davantage que de ce qui trouble.

La sagesse senghorienne nous rappelle enfin qu’il n’y a pas d’Afrique forte sans mémoire, sans nuance et sans fraternité.

L’Afrique que nous voulons n’est pas un continent de solitudes orgueilleuses, mais une terre où les hommes se reconnaissent à travers les frontières comme les bergers peuls se reconnaissent à travers les dunes.

C’est pourquoi nous formulons cette réaction avec dignité, sans polémique inutile, mais avec la conviction profonde que les mots d’aujourd’hui doivent protéger les liens de demain.

Car nous ne sommes pas les propriétaires de l’Afrique ; nous n’en sommes que les passeurs. Et ce que nous transmettons à ceux qui viennent, ce n’est pas seulement un continent — c’est une manière d’être au monde, ensemble.

Nasrallah Belkhayate

Président de la Fondation de l’Africanité

Ancien élève du lycée Lamine Gueye de Dakar

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page