Écoutez, il y a des événements qu’on regarde passer et qu’on oublie le lendemain. Et puis il y en a d’autres — rares — qui vous forcent à vous asseoir et à réfléchir vraiment.
Le Forum International du Leadership et de l’Entrepreneuriat Féminin, qui s’est tenu à Dakar du 8 au 11 avril 2026, il est de ceux-là. Pas parce qu’il a réuni des femmes brillantes — ça, beaucoup de forums en sont capables. Mais parce qu’il a posé les bonnes questions, au bon moment, dans le bon endroit.
Le bon moment, d’abord. On est dans une période de bouleversements géopolitiques accélérés. L’Afrique, qui a longtemps subi l’histoire plus qu’elle ne l’a faite, commence à s’affirmer. Dans vingt ans, ce continent va concentrer la plus grande part de la croissance démographique mondiale.
Ce n’est ni une promesse vague ni une menace abstraite — c’est une réalité. Et cette réalité pose une question très concrète : est-ce que l’Afrique va mobiliser tout son capital humain — les femmes comprises — ou est-ce qu’elle va continuer à fonctionner à la moitié de ses capacités ?
Parce que moi je vous le dis clairement : la réponse à cette question va peser sur les équilibres du continent bien plus lourdement qu’un accord commercial ou qu’un partenariat militaire.
Et puis le bon endroit. Dakar, ce n’est pas un choix anodin. C’est une ville diplomatique, un carrefour de cultures, un endroit où la tradition et la modernité cohabitent avec une fluidité rare.
Organiser ce forum ici, c’est envoyer un message clair : le Sénégal veut être un point de référence sur le continent, pas seulement comme démocratie, mais comme laboratoire d’une gouvernance qui inclut vraiment tout le monde.
Ce qui m’a frappé dans ce forum — et j’ai suivi ça avec beaucoup d’attention — c’est la qualité du diagnostic. On n’a pas tourné autour du pot. On a nommé les vrais obstacles : la formalisation, la formation, le financement, le foncier. Quatre mots simples qui résument des années d’inégalités structurelles.
Et surtout — et c’est le point que je veux marteler — les femmes africaines n’attendent pas qu’on leur donne une place dans l’économie. Elles y sont déjà. Depuis des générations. Ce sont elles qui structurent les marchés, qui garantissent la sécurité alimentaire, qui font tourner les circuits commerciaux de proximité.
Ce qu’il leur manque, ce ne sont ni le talent ni la volonté. Ce sont les outils — juridiques, financiers, éducatifs — pour transformer ce rôle réel en pouvoir reconnu.
J’ai aussi noté, et ça m’a intéressé, l’engagement du secteur privé dans cette démarche. Quand une entreprise panafricaine crée des produits financiers spécifiquement pensés pour les femmes, ça veut dire que le marché a compris quelque chose d’important.
L’inclusion des femmes, ce n’est plus seulement une question morale — c’est devenu une opportunité économique. Et paradoxalement, c’est ça qui va lui donner de la durabilité. Beaucoup plus qu’une bonne intention ou une belle déclaration.
Maintenant — et je me dois d’être honnête — ce type de forum a toujours un risque. Celui de produire de l’enthousiasme sans lendemain. Des discours puissants, des réseaux magnifiques, des engagements solennels… et puis rien. Ou presque.
L’histoire des grands rassemblements africains sur la question des femmes est hélas ponctuée de résolutions restées lettres mortes. Ce qui va distinguer ce forum-là, dans deux ans, dans cinq ans, ce ne sera pas la qualité de ce qui a été dit. Ce sera l’épaisseur de ce qui aura été fait.
Est-ce que des femmes ont accédé à des financements ? Est-ce que des lois ont changé ? Est-ce que des filles, dans les zones rurales, ont bénéficié concrètement de ce qui a été décidé dans ces salles ? C’est à ces questions-là qu’on jugera vraiment l’impact de cet événement.
Mais — et je tiens à le dire avec une conviction sincère — je salue cette initiative. Dans un monde où il est tellement plus facile de se taire que de s’engager, ce forum a choisi l’ambition. Il a choisi de croire que les mots, quand ils sont portés par des femmes qui agissent, posent des fondations réelles. Il a choisi Dakar, l’Afrique, et les femmes comme boussole. Et ça, ça compte.
Je veux aussi prendre un moment pour dire merci — merci sincèrement à Wafa Assurance, sponsor officiel de cet événement. Parce que soutenir un forum comme celui-ci, ce n’est pas un geste anodin. C’est un choix. Un choix de dire que l’inclusion des femmes dans l’économie, dans la vie des affaires, dans les sphères de décision — c’est une cause qui vaut qu’on y mette son nom, sa réputation, ses ressources.
Wafa Assurance, dirigé par un marocain Driss Chafik, est une entreprise panafricaine, et c’est précisément ce qu’on attend d’une entreprise panafricaine : qu’elle soit à la hauteur des enjeux du continent qu’elle sert.
Ce soutien-là, il ne passe pas inaperçu. Et il mérite d’être reconnu.
« Quand une femme s’élève, ajuste Mme Marie Khone Faye, Première Dame du Sénégal, c’est toute une famille qui progresse. Quand une femme entreprend, c’est toute une communauté qui se transforme. Et quand les femmes sont soutenues, c’est toute une nation qui se développe. »
L’intervention de la Première Dame du Sénégal confère au forum une caution institutionnelle de premier plan. Au-delà du protocole, son discours se distingue par une approche programmatique : elle ne se contente pas de saluer l’événement, mais y inscrit sa propre initiative — la campagne « Building Resilience / Bâtir la résilience » — comme cadre complémentaire aux travaux du forum.
Mme Faye articule habilement plusieurs dimensions : le rôle économique concret des femmes (production, transformation, alimentation des familles), leur rôle social (soutien communautaire), et leur rôle politique (accès aux sphères de décision). Cette vision holistique est en cohérence avec les recommandations des grandes instances internationales en matière de développement durable.
La Première Dame a nommé avec précision les quatre obstacles majeurs que doivent surmonter les femmes entrepreneures en Afrique — ce que nous pouvons appeler les « 4F » :
•Formalisation — accès au statut juridique et à la reconnaissance institutionnelle
•Formation — renforcement des compétences techniques et managériales
•Financement — accès au crédit, aux investisseurs et aux instruments financiers adaptés
•Foncier — accès à la propriété et aux ressources productives
Cette catégorisation est analytiquement rigoureuse et constitue un cadre d’action opérationnel pertinent pour les acteurs institutionnels et privés.
Je terminerai avec ces mots empruntés à la Première Dame qui ont été prononcés lors de ce forum, et qui résument mieux que tout ce que j’aurais pu dire : « L’autonomisation des femmes n’est pas simplement une cause sociale, c’est un choix stratégique. C’est une nécessité pour l’avenir du Sénégal. »
Ces mots valent pour le Sénégal. Ils valent aussi, en vérité, pour tout le continent africain.

