Actualités

Paix et Sagesse Spirituelle

Analyse de ce verset  coranique : « Ô mes fils ! N’entrez pas par une seule porte, mais entrez par des portes différentes. Je ne peux cependant vous être d’aucun secours contre la volonté d’Allah. Le jugement n’appartient qu’à Allah. En Lui je place ma confiance. Et que ceux qui placent leur confiance la placent en Lui. « Et lorsqu’ils entrèrent comme leur père le leur avait ordonné, cela ne leur servit à rien contre la volonté d’Allah, si ce n’est un besoin que Jacob avait ressenti en lui-même et qu’il avait ainsi satisfait. Il possédait certes une science que Nous lui avions enseignée. Mais la plupart des gens ne savent pas. »

Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Que la paix et la bénédiction soient sur notre maître Muhammad, sceau des prophètes, et sur sa famille pure, et sur tous les prophètes et messagers, et sur les amis sincères d’Allah parmi les premiers et les derniers.

Chère sœur, cher frère, viens t’asseoir près de moi, et écoute ce que les maîtres de la Voie ont déposé dans nos cœurs au sujet de ces paroles d’Allah, le Très-Haut. Ce verset, tiré de la sourate Yûsuf, est un océan dont nous ne pouvons puiser que quelques gouttes, car la sourate Yûsuf, comme l’a dit notre maître, est appelée « la plus belle des histoires » non parce qu’elle plaît à l’oreille, mais parce qu’elle est tissée des secrets de la Voie.

Voici la situation extérieure que tu connais. Notre seigneur Ya’qûb, sur lui la paix, envoie ses fils en Égypte chercher du grain pendant la famine. Et avant qu’ils ne partent, il leur dit ces paroles : « Ô mes fils, n’entrez pas par une seule porte, mais entrez par des portes différentes. »

Les exégètes du sens apparent disent qu’il craignait pour eux le mauvais œil, car ils étaient beaux, nombreux, frères et fils d’un prophète, et leur entrée groupée par une seule porte aurait attiré sur eux les regards d’envie. Cette explication est vraie, mais elle n’est qu’une écorce, et sous l’écorce il y a la pulpe, et sous la pulpe il y a le noyau, et dans le noyau il y a le secret.

Écoute maintenant, chère sœur, cher frère, ce que les gens de Dieu ont compris.

La première porte qui s’ouvre devant nous dans ce verset est celle de l’équilibre entre la cause et le Causateur. Notre seigneur Ya’qûb savait, comme tout véritable connaissant, que rien n’arrive que par la volonté d’Allah. Il aurait pu se dire : « Puisque Allah décide de tout, à quoi bon donner des conseils à mes fils ? » Mais il ne l’a pas dit. Il a donné le conseil, il a pris la précaution, il a usé des moyens, et ensuite, dans le même souffle, il a dit : « Je ne peux cependant vous être d’aucun secours contre la volonté d’Allah. Le jugement n’appartient qu’à Allah. En Lui je place ma confiance. »

Voilà l’enseignement, chère sœur, cher frère. Le tawakkul, la confiance en Allah, ce n’est pas l’abandon des moyens. Le vrai tawakkul, c’est de prendre les moyens avec sa main et de remettre le résultat à Allah avec son cœur. Celui qui abandonne les moyens en disant qu’il fait confiance à Allah n’a rien compris à la confiance. Et celui qui s’attache aux moyens en oubliant Allah a fait des moyens son idole.

Le maqâm de Ya’qûb, c’est le maqâm de celui qui agit sans s’appuyer sur l’action, et qui se repose sans abandonner le mouvement. Notre maître al-Junayd, qu’Allah sanctifie son secret, disait : « Le tawhîd, c’est de séparer l’éternel du contingent. » Et c’est exactement ce que fait Ya’qûb : il sépare son acte, qui est contingent, de la volonté d’Allah, qui est éternelle. Il agit dans le monde des causes, mais son cœur n’est pas dans les causes, son cœur est avec le Causateur.

La deuxième porte qui s’ouvre, chère sœur, cher frère, c’est l’enseignement des portes elles-mêmes. Pourquoi Ya’qûb dit-il « entrez par des portes différentes » ? Les maîtres soufis disent ceci. Chaque âme humaine a sa propre porte vers Allah. Personne ne peut entrer dans la présence divine par la porte d’un autre. Ton frère a sa porte, ta sœur a la sienne, ton père a la sienne, ton maître a la sienne, et toi tu as la tienne. Si tu cherches Allah par la porte d’un autre, tu te perdras dans son chemin sans atteindre le tien.

C’est pour cela que les maîtres ont dit que les voies vers Allah sont aussi nombreuses que les souffles des créatures. Chacun a sa lumière propre, chacun a son secret propre, chacun a sa relation unique avec son Seigneur. Ya’qûb, en disant cela à ses fils, leur enseigne en réalité une loi de la Voie : n’entrez pas en groupe en imitant les autres, n’avancez pas tous par le même chemin extérieur, car votre vraie sécurité spirituelle est dans la singularité de votre relation à Allah. La diversité des portes n’est pas une dispersion, c’est une protection.

Le mauvais œil dont parle l’exégèse extérieure devient, dans la lecture intérieure, le mauvais œil spirituel : la jalousie, la comparaison, l’imitation, la perte de soi dans la foule.

La troisième porte, chère sœur, cher frère, c’est l’enseignement sur le savoir. Allah dit à la fin du verset : « Il possédait certes une science que Nous lui avions enseignée. Mais la plupart des gens ne savent pas. » Quelle est cette science que possédait Ya’qûb ? Les exégètes extérieurs disent : la science de l’effet du mauvais œil, la science des précautions à prendre.

Mais les gens du goût savent que c’est plus profond. La science de Ya’qûb, c’est la science qui sait articuler le visible et l’invisible, l’apparent et le caché, le moyen et la fin. C’est la science qui ne sépare pas l’agir de la confiance, ni la précaution de l’abandon.

C’est la science que les maîtres appellent ‘ilm ladunî, la science venue directement d’auprès d’Allah, celle dont parle aussi le verset sur al-Khidr. Cette science n’est pas dans les livres seulement, elle est dans les cœurs purifiés. Et Allah ajoute : « Mais la plupart des gens ne savent pas. » Ce qui veut dire que cette manière d’être au monde, cette sagesse qui marie la cause et le Causateur, est étrangère à la majorité, qui penche soit vers l’oubli d’Allah dans les moyens, soit vers l’oubli des moyens dans une fausse spiritualité.

La quatrième porte, chère sœur, cher frère, est encore plus profonde. Allah dit que cette précaution de Ya’qûb « ne leur servit à rien contre la volonté d’Allah, si ce n’est un besoin que Jacob avait ressenti en lui-même et qu’il avait ainsi satisfait ».

Médite cette parole. Allah nous enseigne que les actes que nous posons dans le monde des causes ne changent pas le décret divin. Si Allah a décrété qu’une chose arrivera, elle arrivera, par cette porte ou par une autre. Mais alors, à quoi servent nos actes ? Allah répond Lui-même : ils servent à ce que tu accomplisses ce que ton cœur ressent comme un besoin.

Ya’qûb avait dans son cœur, en tant que père et en tant que prophète, le besoin de protéger ses enfants. Ce besoin était inscrit dans sa nature humaine et dans sa fonction de père. En agissant, il accomplit ce besoin, il honore ce qu’Allah a déposé en lui. C’est cela, le sens profond de l’agir humain dans la perspective soufie : nos actes ne changent pas la volonté d’Allah, mais ils accomplissent ce qu’Allah a déposé en nous comme nature, comme fonction, comme responsabilité.

L’agir n’est pas une lutte contre le décret, c’est une réponse à l’appel intérieur qu’Allah Lui-même a placé dans nos cœurs. Quand tu agis avec sincérité pour protéger ce qui t’est confié, tu n’es pas en train d’imposer ta volonté à Dieu, tu es en train de répondre à la responsabilité qu’Il t’a donnée. Ton acte ne te sauve pas, mais ton absence d’acte te trahirait.

La cinquième porte, chère sœur, cher frère, est celle du tawhîd parfait. Vois comment Ya’qûb ne dit pas seulement « je place ma confiance en Allah ». Il ajoute : « Et que ceux qui placent leur confiance la placent en Lui. » Pourquoi cette répétition ?

Parce que le tawakkul n’est pas une décision intellectuelle, c’est un état du cœur que l’on doit renouveler à chaque souffle. Ya’qûb proclame son propre tawakkul, puis il appelle tous ceux qui veulent être véritablement croyants à orienter leur confiance exclusivement vers Allah. C’est une leçon universelle. Combien d’entre nous disons placer notre confiance en Allah, alors qu’en réalité nous la plaçons dans nos plans, dans nos relations, dans nos comptes en banque, dans nos protections humaines ?

Le maqâm du véritable mutawakkil, c’est celui qui agit avec toutes les ressources que la sagesse exige, et qui sait, à chaque instant, que sa sécurité réelle n’est pas dans ses ressources mais dans Celui qui les donne et les retire.

Et il y a, chère sœur, cher frère, une dernière porte que je veux ouvrir devant toi, parce qu’elle est précieuse pour notre temps. Ya’qûb dit à ses fils : « N’entrez pas par une seule porte. » Médite cette image. Une seule porte, c’est l’uniformité, c’est l’unique chemin imposé, c’est la voie unique que les hommes voudraient parfois faire passer pour la voie d’Allah. Mais Ya’qûb, en prophète éclairé, sait qu’Allah a créé la diversité des portes pour que la lumière passe par mille reflets différents.

Cela vaut pour les âmes, comme nous l’avons dit, mais cela vaut aussi pour les peuples, pour les cultures, pour les voies spirituelles à l’intérieur de l’islam, pour les manières de servir Allah. Notre maître Ibn ‘Arabî, qu’Allah sanctifie son secret, disait que les voies vers Allah sont aussi nombreuses que les souffles des créatures.

La sagesse de Ya’qûb, c’est la sagesse de la pluralité acceptée et orientée. Entrez par des portes différentes, mais entrez tous dans la même cité, vers le même but, sous la même volonté d’Allah. La diversité des chemins ne contredit pas l’unicité du Roi.

Au contraire, elle la sert, parce qu’aucun chemin unique n’aurait pu contenir la richesse des âmes que Dieu a créées.

Voilà, chère sœur, cher frère, quelques gouttes de l’océan de ce verset. Retiens-les bien. Quand tu agis dans le monde, sache que tu fais ce que tu dois faire, et qu’Allah fait ce qu’Il veut. Quand tu cherches Allah, n’imite pas la porte d’un autre, trouve la tienne.

Quand la sagesse te dicte une précaution, prends-la sans t’y attacher. Quand tu rencontres la diversité des voies et des âmes, ne la condamne pas, vois en elle un signe de la richesse divine. Et surtout, sache que la science véritable n’est pas la science de celui qui sait beaucoup de choses, mais la science de celui qui sait articuler son agir et sa confiance, ses moyens et son abandon, sa parole et son silence, son geste et son cœur.

Et la louange appartient à Allah, Seigneur des mondes.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page