Edito

Le pari silencieux du Maroc : pourquoi les femmes seront la plus grande richesse stratégique du Royaume ?

Nasrallah Belkhayate - Observateur international indépendant -

Parler de la montée des femmes au Maroc est devenu presque banal.

Parler de leur rôle historique dans la transformation du Royaume est, en revanche, beaucoup plus rare.

Et pourtant, c’est probablement là que se joue l’une des mutations les plus profondes du Maroc contemporain.

Depuis vingt-cinq ans, le Royaume a construit des ports géants, des lignes à grande vitesse, des usines automobiles, des plateformes aéronautiques, des centrales solaires parmi les plus vastes du monde et une diplomatie africaine qui fait aujourd’hui référence.

Mais derrière cette modernisation visible se développe une révolution beaucoup plus discrète.

Une révolution humaine.

La révolution des compétences féminines.

La plupart des observateurs regardent les infrastructures.

Ils devraient regarder les amphithéâtres des universités.

Ils devraient regarder les laboratoires.

Ils devraient regarder les concours administratifs.

Ils devraient regarder les jeunes entrepreneures.

Ils y verraient le Maroc de demain.

Car une puissance moderne ne se mesure plus uniquement au nombre de kilomètres d’autoroutes ou au tonnage de ses ports.

Elle se mesure à la qualité de son intelligence collective.

Et sur ce terrain, le Maroc possède un potentiel encore largement inexploité.

Le paradoxe est saisissant.

Jamais les femmes marocaines n’ont été aussi instruites.

Jamais elles n’ont occupé autant de responsabilités.

Jamais elles n’ont été aussi présentes dans les professions libérales, la médecine, l’enseignement supérieur, le droit, la finance, les technologies ou la diplomatie.

Pourtant, leur participation au marché du travail demeure autour de 19 %, l’un des taux les plus faibles au monde selon les statistiques nationales et les analyses internationales. (HCP Maroc⁠)

Cette contradiction constitue sans doute le plus grand paradoxe économique du Maroc.

Le Royaume investit massivement dans la formation de centaines de milliers de jeunes femmes.

Mais une partie considérable de ce capital humain n’est pas encore pleinement mobilisée dans la création de richesse.

Autrement dit, le Maroc possède déjà l’une de ses plus grandes réserves de croissance.

Elle ne se trouve ni sous terre.

Ni dans les phosphates.

Ni dans les énergies renouvelables.

Elle se trouve dans l’intelligence de ses femmes.

La Banque mondiale ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme que l’élargissement de la participation économique des femmes constitue l’un des leviers majeurs de croissance et de création d’emplois pour le Royaume. (Banque Mondiale⁠)

Cette observation change complètement la lecture du développement marocain.

Le débat n’est plus uniquement social.

Il devient économique.

Puis stratégique.

Puis géopolitique.

Pourquoi ?

Parce que le XXIᵉ siècle ne sera plus celui des pays disposant uniquement des plus grandes ressources naturelles.

Il sera celui des pays capables d’utiliser la totalité de leur intelligence nationale.

Chaque ingénieure qui innove.

Chaque magistrate qui renforce l’État de droit.

Chaque entrepreneure qui exporte.

Chaque chercheuse qui dépose un brevet.

Chaque diplomate qui ouvre un nouveau partenariat.

Ajoute une couche supplémentaire à la puissance du Royaume.

Les économistes parlent de capital humain.

Je préfère parler de puissance silencieuse.

Le Maroc semble l’avoir compris.

Les réformes engagées depuis le début du règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qu’il s’agisse de la réforme du Code de la famille en 2004, de la Constitution de 2011 ou des réflexions actuelles sur l’évolution de la Moudawana, témoignent d’une volonté constante d’adapter les institutions aux réalités d’une société en mouvement. (HCP Maroc⁠)

Mais le véritable changement n’est pas seulement juridique.

Il est culturel.

Une génération entière de jeunes Marocaines grandit aujourd’hui avec une ambition différente de celle de leurs mères.

Elles veulent créer.

Diriger.

Chercher.

Innover.

Voyager.

Exporter.

Représenter leur pays.

Cette ambition est une ressource nationale.

Dans quelques années, lorsque l’on cherchera à comprendre pourquoi le Maroc aura consolidé sa position parmi les grandes économies africaines et méditerranéennes, beaucoup évoqueront Tanger Med, l’industrie automobile, l’hydrogène vert, les infrastructures ou la Coupe du monde 2030.

Ils auront raison.

Mais ils oublieront peut-être le facteur décisif.

La montée progressive des femmes marocaines.

Car aucune stratégie nationale ne peut atteindre son plein potentiel lorsqu’une partie aussi importante de son capital humain reste sous-utilisée.

Le véritable défi du Maroc n’est donc plus de former ses femmes.

Il sait déjà le faire.

Le véritable défi est de leur permettre d’exprimer pleinement leur talent.

Le jour où cette équation sera résolue, le Royaume ne gagnera pas seulement davantage de croissance.

Il gagnera davantage d’innovation.

Davantage d’influence.

Davantage de stabilité.

Davantage de rayonnement.

En réalité, la question n’est plus de savoir si les femmes marocaines changeront le Maroc.

Elles le changent déjà.

La seule interrogation est la suivante :

Le reste du monde a-t-il déjà compris que le plus grand projet stratégique du Royaume ne sera peut-être ni un port, ni une ligne ferroviaire, ni une usine, mais la libération complète du potentiel de plusieurs millions de femmes dont l’intelligence, la créativité et le sens des responsabilités constituent la plus précieuse richesse du Maroc ?

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page