Edito

Le Pont des Sept Mains

Conte soufi pour soutenir les initiatives collectives et non personnelles

Dans un village reculé, au pied d’une vallée aride, coulait un petit ruisseau. C’était la seule source d’eau pour les habitants. Chaque été, il se réduisait à un filet fragile, et les villageois passaient des heures à se quereller sur la quantité que chacun pouvait prendre.

Un jour, un vieux derviche passa par là. Il regarda les gens se disputer pour remplir leurs cruches et dit :
— Vous avez la même soif, mais pas la même pensée.

Intrigués, quelques jeunes le suivirent. Il leur montra un endroit où le ruisseau s’élargissait avant de se perdre dans le sable.
— Ici, nous allons bâtir un pont, dit-il. Mais pas pour traverser… pour retenir.

Les jeunes rirent :
— Un pont qui retient l’eau ?

Le derviche leur expliqua :
— Ce pont aura sept arches. Chaque arche sera bâtie par une main différente. Une seule main ne peut rien, mais sept mains ensemble font une force que l’ego ignore.

Pendant des semaines, ils travaillèrent. Chaque matin, celui qui venait prenait ses outils et travaillait, même si son voisin n’était pas là. Les pierres étaient lourdes, le soleil brûlant, mais la volonté collective avançait.

Quand le pont fut achevé, il forma un petit barrage qui créa un bassin d’eau claire. L’eau ne se perdait plus dans le sable, et le village tout entier pouvait boire, irriguer et vivre même pendant la saison sèche.

Un jour, un jeune demanda au derviche :
— Pourquoi ne pas avoir construit ce bassin pour toi seul ? Tu aurais eu toute l’eau…

Le vieil homme sourit :
— Si j’avais bâti pour moi, l’eau m’aurait échappé un jour ou l’autre. Mais en bâtissant pour tous, l’eau coule toujours vers moi. Ce que l’on donne au collectif, Dieu le rend au centuple.

Les habitants appelèrent cet ouvrage “Le Pont des Sept Mains”, et chaque génération envoyait ses enfants y poser une pierre, pour se souvenir que l’intérêt personnel s’assèche, mais la volonté collective est une source qui ne tarit jamais.

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