Norvège-Afrique
Un Partenariat Stratégique Axé sur l'Énergie, le Climat et le Développement Humain
La Norvège, souvent perçue comme un acteur discret sur la scène internationale africaine, déploie en réalité une stratégie de coopération profondément ancrée et multidimensionnelle. Fondé sur des relations historiques solides et une approche axée sur le développement durable, l’engagement norvégien se distingue par une combinaison d’aide publique substantielle, un focus stratégique sur les énergies renouvelables et un engagement constant en faveur de la paix, de la gouvernance et du développement humain.
Cette politique, détaillée dans la nouvelle « Stratégie pour l’engagement norvégien avec les pays africains », vise à transformer la relation traditionnelle d’aide en un partenariat d’égal à égal, basé sur les intérêts mutuels et les défis globaux partagés.
L’aide publique au développement (APD) de la Norvège envers l’Afrique est à la fois significative et en croissance constante. En 2023, 17% de l’aide norvégienne totale était destinée à l’Afrique, représentant un montant de 10,2 milliards de couronnes norvégiennes (NOK). Cette aide est acheminée via des canaux bilatéraux directs, mais aussi par le biais d’organisations multilatérales où la Norvège est un partenaire de longue date, comme le Fonds Africain de Développement (depuis 1973) et la Banque Africaine de Développement (depuis 1982).
Les principaux pays bénéficiaires en 2023 étaient l’Éthiopie, le Malawi, le Mozambique, la Somalie et le Soudan du Sud, reflétant une priorité accordée aux États fragiles et aux besoins humanitaires.
Le secteur où l’influence norvégienne est la plus marquée et la plus stratégique est sans conteste celui des énergies renouvelables. Consciente des immenses besoins énergétiques du continent et de l’urgence climatique, la Norvège a fait de la transition énergétique en Afrique une priorité absolue. Cette stratégie repose sur un triptyque d’acteurs complémentaires :
1.Norfund : L’institution publique de financement du développement joue un rôle de premier plan. En 2024, 70% de ses investissements énergétiques étaient dirigés vers l’Afrique, totalisant 163,9 millions de dollars. Ces fonds ont permis de financer 2065 MW de nouvelles capacités et de raccorder 750 000 ménages, démontrant un impact tangible.
2.Scatec : Ce géant privé norvégien est à la manœuvre sur des projets d’infrastructures de grande échelle. On le retrouve en Égypte avec le projet hybride solaire/stockage Obelisk (1,1 GW), en Tunisie (120 MW) et en Afrique du Sud, son principal marché.
3.Empower New Energy : Cet autre acteur privé se concentre sur le solaire décentralisé, fournissant de l’énergie propre directement aux entreprises industrielles et commerciales au Nigeria, au Ghana ou encore au Kenya, réduisant ainsi leur dépendance coûteuse et polluante au diesel.
Cette combinaison d’investissements publics et privés, du méga-projet à la solution décentralisée, permet à la Norvège de bâtir une influence durable et de se positionner comme un partenaire clé de la transition énergétique africaine.
Si l’énergie est le fer de lance, l’engagement norvégien couvre un large éventail de secteurs essentiels au développement durable. La stratégie pour le Sahel (2021-2025) met par exemple un accent particulier sur l’éducation, la gouvernance et la stabilité. La Norvège est également un partenaire de longue date dans les domaines de la santé publique, de la sécurité alimentaire (via la promotion d’une agriculture intelligente face au climat) et de la gestion durable des océans (économie bleue), un secteur où son expertise est mondialement reconnue.
La diplomatie norvégienne joue un rôle actif dans la paix et la réconciliation sur le continent, s’appuyant sur une tradition de médiation dans les conflits. Le soutien à la société civile locale, à la démocratie et à l’égalité des genres constitue un autre pilier fondamental de son action, guidé par la conviction qu’il ne peut y avoir de développement durable sans respect des droits humains.
Malgré ces succès, la coopération norvégienne fait face à un défi de taille : la mobilisation de l’investissement privé. Selon une étude de Menon Economics, les investissements directs norvégiens en Afrique ont chuté de près de 90% depuis 2014.
Cette tendance a été soulignée par des leaders économiques africains comme Tony Elumelu, qui, lors du Sommet des affaires nordiques-africaines en octobre 2025, a lancé un appel clair : « L’Afrique a besoin de partenaires qui investissent et construisent avec nous, pas de charité ». Ce message souligne une attente forte du continent : passer d’une logique d’aide à une véritable dynamique de partenariat économique et d’investissement productif.
En réponse, la nouvelle stratégie norvégienne ambitionne de renforcer les liens commerciaux, de faciliter les investissements et de promouvoir les échanges technologiques. L’objectif est de mieux aligner la puissance financière de son fonds souverain et l’expertise de ses entreprises avec les opportunités d’affaires en Afrique, tout en maintenant son engagement historique en faveur d’un développement inclusif et durable.
La Norvège se trouve ainsi à un carrefour, cherchant à transformer son rôle de donateur respecté en celui de partenaire économique et stratégique incontournable pour l’Afrique du XXIe siècle.



