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Qui pense à l’autre Afrique : celle qui vit loin des écrans, ancrée dans un temps patriarcal

Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique d’aujourd’hui est souvent réduite à ses métropoles vibrantes : Nairobi la tech-hub, Lagos la bouillonnante, ou Le Caire connecté.

Sur les réseaux sociaux, on voit des influenceurs, des startups florissantes, des jeunes entrepreneurs qui défient les stéréotypes. Mais cette Afrique-là n’est qu’une partie du continent.

L’autre Afrique, la plus vaste en termes de population rurale, vit encore à un rythme différent, presque d’un autre âge : sans internet, sans smartphones omniprésents, et souvent sous le poids d’une culture profondément patriarcale.

En 2025, selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), seulement 38 à 50 % de la population africaine a accès à internet, avec un fossé abyssal entre villes et campagnes.

En zones urbaines, plus de 57 % des habitants sont connectés ; en zones rurales, ce chiffre chute à 23 %.

Dans de vastes régions du Sahel, d’Afrique de l’Est ou centrale, des millions de personnes n’ont jamais touché un écran tactile.

Leur quotidien ? L’aube qui dicte le réveil, les champs à cultiver, l’eau à puiser à des kilomètres, les marchés locaux où l’on échange des nouvelles de bouche à oreille.

Cette Afrique offline n’est pas un reliquat du passé ; elle est bien vivante, représentant encore la majorité dans de nombreux pays. Ici, la vie communautaire s’organise autour des anciens, des conseils villageois où les décisions – mariages, terres, conflits – sont prises par des hommes âgés, assis sous l’arbre à palabres.

Le patriarcat y est une norme ancestrale, renforcée par les traditions. Dans bien des sociétés rurales, les rôles de genre sont rigides : les femmes portent l’eau, cultivent les potagers, élèvent les enfants, tandis que les hommes gèrent le bétail, les terres héritées en ligne paternelle, et les affaires publiques.

L’indépendance financière d’une femme peut être vue comme une menace, source de tensions ou de violences.

Des études récentes en Afrique du Sud rurale ou au Kenya montrent que les normes patriarcales perpétuent les violences basées sur le genre, souvent tolérées ou réglées en interne par les autorités traditionnelles.

Cette réalité n’est pas romantique : elle inclut des inégalités profondes, un accès limité à l’éducation pour les filles, des mariages précoces, et une vulnérabilité accrue au changement climatique sans les outils numériques pour s’informer ou s’organiser.

Pourtant, elle porte aussi une résilience : des communautés solidaires, une connaissance intime de la terre, des traditions orales riches.

Rappeler cette Afrique n’est pas opposée à la moderne, mais reconnaître sa pluralité.

Le continent n’avancera pleinement que si l’on comble ce fossé numérique et culturel : en étendant la connectivité rurale, en challengeant les normes patriarcales par l’éducation, et en valorisant ces mondes offline sans les folkloriser.

Car  l’Afrique connectée a besoin des racines de celle qui vit encore à l’ancienne.

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