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Pour une conscience culturelle renouvelée entre le Québec et l’Afrique

Un dialogue créatif fondé sur la formation, l’identité partagée et l’influence francophone

La diplomatie culturelle québécoise en Afrique n’est ni fortuite, ni marginale. Elle s’inscrit dans une stratégie d’affirmation identitaire et d’influence internationale cohérente, reposant sur l’idée que la culture est un vecteur de puissance douce — de reconnaissance et de dialogue.

Depuis plusieurs années, et plus fortement encore dans le Plan stratégique 2023–2027 du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF), le Québec a choisi de positionner sa culture comme un levier géopolitique. L’année 2025 marque un point de maturation de cette orientation, portée à la fois par des dispositifs structurants, des investissements croissants et une vision diplomatique profondément francophone et plurielle.

Le Québec partage avec l’Afrique un socle linguistique et culturel qui transcende les frontières politiques. Ce lien historique avec les nations francophones africaines, renforcé par une diaspora africaine dynamique au Québec, alimente une proximité affective et une volonté politique de coopération durable. « Les mots voyagent plus vite que les armes.

La culture est une frontière qu’on traverse les mains ouvertes », écrivait le poète sénégalais Léopold Sédar Senghor. Cette phrase semble aujourd’hui résonner dans la manière dont le Québec pense et pratique sa relation avec l’Afrique. C’est à travers la culture que les peuples s’ouvrent, se reconnaissent, et tissent des liens qui résistent au temps et aux contingences diplomatiques.

En 2025, le Québec investit massivement dans les industries culturelles et dans la diplomatie culturelle comme outil de projection internationale. Le Plan stratégique du MRIF prévoit une augmentation annuelle de 10 % des retombées générées par les actions culturelles à l’étranger, notamment en Afrique.

Ces retombées sont mesurées en nombre de projets, de coproductions, d’échanges institutionnels et de participations à des événements culturels. Les résultats sont déjà tangibles : le festival Vues d’Afrique à Montréal accueille chaque année plus de 500 artistes et cinéastes africains ; la présence du Québec dans les grands rendez-vous culturels africains (FESPACO, Biennale de Dakar, Marrakech du Rire) s’intensifie, structurée autour de délégations officielles et de dispositifs de soutien logistique ou financier.

Ce rayonnement est appuyé par une politique volontariste de bourses, d’échanges artistiques et universitaires. En 2025, plus de 6 000 étudiants africains sont accueillis dans les institutions québécoises, avec une nette majorité venant du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

Le Québec mise sur la formation, la recherche conjointe et l’enseignement supérieur comme piliers d’une diplomatie culturelle structurante. Comme l’affirmait récemment Dany Laferrière, écrivain québécois d’origine haïtienne et membre de l’Académie française : « Ce que nous transmettons, ce n’est pas seulement un savoir, mais une façon de vivre le monde avec les mots. » Cette idée est au cœur de la stratégie québécoise : transmettre des valeurs, des pratiques, une esthétique, dans un dialogue d’égal à égal avec les cultures africaines.

L’année 2025 voit également l’essor de coopérations plus techniques, mais tout aussi culturelles : formation en scénarisation, en gestion culturelle, en métiers du cinéma, en muséologie. Les Fonds de recherche du Québec (FRQ) et le Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST) du Maroc ont lancé des appels conjoints fin 2024 pour financer des projets liés à la culture, à l’environnement, et à la santé.

Chaque projet retenu bénéficie d’une enveloppe pouvant atteindre 225 000 CAD sur trois ans. Ces programmes dépassent la simple assistance technique : ils incarnent une volonté partagée de co-création, de partage des savoirs, et de valorisation des spécificités locales.

L’implantation en 2024 de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Montréal est un tournant stratégique. Ce campus africain au cœur du Canada, qui collabore déjà avec l’Université Laval, l’UQAM, et Sherbrooke, constitue un symbole de cette diplomatie culturelle inversée — où l’Afrique s’invite au Nord, non comme réceptrice, mais comme émettrice de savoirs. En parallèle, les projets portés par la Ville de Québec, qui consacre près de 18 % de son budget culturel (sur 44 M$ CAD) à des actions internationales, permettent d’étendre ce dialogue aux scènes locales et régionales, en intégrant les diasporas africaines dans la construction des politiques culturelles québécoises.

Cette diplomatie repose aussi sur des événements emblématiques, des symboles forts. La 5ᵉ Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie, tenue à Québec en mai 2025, a rassemblé plus de 30 délégations africaines.

L’axe de coopération y a été renforcé autour de trois priorités : la mobilité des œuvres et des artistes, la protection des patrimoines culturels, et l’équité de genre dans les filières artistiques. Cette dernière thématique est centrale pour le Québec, dont le Plan stratégique 2023–2027 prévoit une hausse progressive de +25 % des projets culturels soutenant explicitement les droits des femmes.

Une diplomatie culturelle n’est pas neutre : elle porte des valeurs. Et dans le cas du Québec, ces valeurs incluent la diversité, l’inclusion, la justice sociale, et la promotion des libertés.

Un exemple particulièrement évocateur de cette coopération culturelle transversale est le défilé de mode Révélations du Collège LaSalle Maroc, organisé à Casablanca. En 2025, cet événement en était à sa 36e édition, rassemblant plus de 1 000 invités, dont des stylistes, artistes, médias, diplomates et responsables institutionnels.

Porté par le réseau éducatif québécois LCI Éducation, Révélations illustre à la perfection la philosophie québécoise de la culture partagée : faire émerger de nouveaux talents, valoriser les identités locales, tisser des liens entre pédagogie, innovation et traditions.

La thématique 2025, « Made in Morocco », célébrait l’artisanat, la diversité culturelle et la créativité des jeunes stylistes, formés selon les standards de l’enseignement québécois. Plus qu’un simple événement académique, Révélations constitue une plateforme d’expression professionnelle et interculturelle qui relie Casablanca à Montréal dans un dialogue esthétique puissant, porteur de sens et d’avenir.

Le Québec n’agit pas seul. Il s’appuie sur la Francophonie, sur les provinces partenaires, sur la société civile. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont le Québec est membre actif, constitue une courroie essentielle pour la mise en œuvre de cette diplomatie culturelle africaine.

La stratégie adoptée vise une approche pluripolaire : investir dans les capitales culturelles (Dakar, Rabat, Abidjan) mais aussi dans les zones rurales, en soutenant des festivals, des centres culturels, des résidences artistiques. Cette décentralisation permet une meilleure appropriation des projets par les communautés locales, et renforce la durabilité des actions. « La culture, disait Aimé Césaire, c’est ce qui relie les peuples sans les confondre. » Le Québec semble avoir intégré cette vision dans sa pratique diplomatique.

Enfin, l’évaluation économique est au rendez-vous. Le ministère prévoit un retour indirect par la diplomatie culturelle équivalent à 12,6 % du budget total des relations internationales d’ici 2026. En misant sur la culture, le Québec ne fait pas que rayonner : il investit dans son influence, dans ses futurs partenaires économiques, et dans son image. Ce modèle de diplomatie culturelle attire d’ailleurs l’attention d’autres États fédérés et de pays européens, qui s’inspirent de cette approche souple mais déterminée.

Le Québec construit ainsi une diplomatie culturelle africaine ambitieuse, humaniste, et résolument tournée vers l’avenir. Elle s’appuie sur des chiffres concrets, des projets réels, des événements majeurs, mais surtout sur une philosophie profondément enracinée dans l’histoire du Québec lui-même : celle d’un peuple qui a toujours affirmé son identité par la culture, et qui choisit aujourd’hui d’entrer en relation avec le monde non par la puissance, mais par la création, le langage et la mémoire partagée.

 

 

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