Proposition de Création du Conseil des Sages de l’Afrique Atlantique

L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune du monde. Mais elle est aussi, paradoxalement, l’un de ceux qui perd le plus rapidement la mémoire de son expérience.
Chaque année, des milliers de femmes et d’hommes quittent la vie active après quarante années de service dans l’administration, l’enseignement, la médecine, l’ingénierie, l’armée, la diplomatie, l’agriculture ou l’industrie.
Ils quittent leurs fonctions, mais non leur savoir. Ils quittent leurs postes, mais non leur lucidité. Ils quittent les institutions, mais non leur capacité à servir.
Or, nos États continuent d’agir comme si ce capital humain n’existait plus.
Nous mettons à la retraite des compétences, alors que nos Nations manquent cruellement de transmission, de mentorat, de mémoire stratégique et de culture de l’État. Nous laissons se perdre, chaque décennie, l’équivalent de plusieurs générations d’expérience accumulée.
C’est pourquoi je propose, avec la rigueur d’un modèle chinois de mobilisation collective et la sagesse africaine de respect des anciens, la création d’un Conseil des Sages de l’Afrique Atlantique placé sous le haut patronage des Chefs d’État et au service direct du développement, de la stabilité et de la performance de nos politiques publiques.
Ce Corps ne serait ni décoratif ni coûteux, mais opérationnel, structuré et orienté résultats — à l’image des systèmes chinois qui intègrent les vétérans dans les comités de pilotage des réformes, les académies de gouvernance et les cellules de veille stratégique.
Ses missions seraient claires et concrètes :
– Mentorer les jeunes cadres, entrepreneurs et responsables publics via un système national de parrainage institutionnel ;
– Intervenir en renfort technique dans les projets critiques, les administrations en difficulté ou les régions prioritaires ;
– Constituer des Conseils sectoriels de sages — indépendants, expérimentés, apolitiques — chargés d’éclairer la décision publique dans les domaines vitaux : eau, énergie, agriculture, santé, éducation, industrie, sécurité économique et souveraineté numérique.
Il ne s’agit pas de créer une nouvelle bureaucratie, mais de réactiver un réservoir existant : celui de citoyens formés, éprouvés, loyaux, disponibles — et trop souvent oubliés.
Donner un statut, une mission et une reconnaissance institutionnelle à ces femmes et ces hommes, c’est transformer la retraite en nouvelle forme de service à la Nation.
L’Afrique n’a pas seulement besoin de capitaux financiers. Elle a besoin de capitaux de sagesse, de méthode et de mémoire.
L’Histoire nous enseigne que les civilisations qui progressent sont celles qui organisent la transmission entre les générations. Celles qui échouent sont celles qui laissent chaque génération recommencer à zéro.
Faire des seniors un pilier stratégique de nos États, c’est accélérer le développement, éviter les erreurs coûteuses, renforcer la qualité de la gouvernance et réconcilier la jeunesse avec l’idée même de l’État.
Cette initiative pourrait devenir l’un des actes fondateurs d’une nouvelle doctrine africaine de valorisation du capital humain — sobre, efficace, inspirée de nos traditions, mais alignée sur les exigences du XXIe siècle.
Nasrallah Belkhayate



